Antibrouillages

 In La rubrique de Frédérique

Chacun sait combien les mots cherchent à traduire des réalités qu’ils masquent tout en dévoilant la présence.
Le Réel échappe à nos perceptions ; nous ne saisissons qu’une parcelle de ce qui se dit, de ce qui s’écrit sur l’écran de nos pensées et de nos représentations.
Quand celui-ci est vierge, silencieux, les idées s’inscrivent loin des conditionnements de nos prêts-à-penser, de nos prêts-à-sentir. Quand il réfléchit déjà de multiples images, celles-ci attirent et transforment les germes du nouveau pour les conformer à nos acquis, dénaturant ainsi ce qui cherche à s’inscrire.

Ce n’est que dans le silence que les mots s’entendent sans brouillage ; silence du mental et de l’émotionnel qui accueille ce qui cherche à se dire sans le colorer d’émois et d’a priori précédemment engrammés.

Sur la trame silencieuse, matrice des idées pures en quête de mises en forme, les mots s’énoncent en émergeant des zones d’abstraction; ils disent alors, au plus près de notre sensibilité, l’essentiel dont nous devons être les passeurs attentifs.
Le silence intérieur est un espace antibrouillage où n’ont pas droit de cité les éléments connus, rebattus, déjà partagés, souhaités ou rejetés.

Le silence est une toile sur laquelle s’inscrit la poésie des mots qui cherchent à dire le souhaitable à incarner pour le bien de tous ; le nouveau auquel aspirer après avoir laissé derrière nous les miasmes du déjà vu, peuplés de peurs, de cris si lourds que le verbe encore à découvrir par le souffle intérieur se perd dans le vacarme des préjugés et de l’hier.
Notre mental est une Terre d’asile pour les pensées subtiles, pas un asile habité de pensées guerrières et d’émois fracassants qui engluent les relations dans des séparatismes qui n’ont plus lieu d’être.

Le silence est une source et un point d’appel à la rencontre. De sa présence nait notre aspiration à séjourner dans la vie qu’il propose pour nous en pénétrer.
En ces temps de fin d’automne et de début d’hiver, laissons-nous imprégner des vibrations de l’Avent afin de témoigner de la lumière en devenir qu’il faut accompagner.

Le silence est une voûte sur laquelle s’inscrit l’étoile de la compréhension. Cette étoile qui guide et scintille toujours plus flamboyante à mesure que nous avançons en chœur, sans donner prise aux acclamations qui tentent de nous détourner de ce point de convergence rayonnant.
Toute parole qui se dégage d’un fonds de silence peut éclairer ; toute parole qui surgit d’un foisonnement d’émotions, de raisonnements cent fois avérés, contribue à obscurcir les messages d’avenir.

Nos conditionnements et leurs brouhahas cherchent toujours à brouiller les pistes qui explorent l’inconnu pour que nous n’empruntions pas les chemins du service, plus arides, exigeants et impliquant moult renoncements.
Après la sortie des brouillards, il importe de sortir des brouillages pour tenter de traduire plus nettement la voix du silence, l’expression de l’essence.

Taisons nous pour que se dégage enfin le programme de demain à écrire en lettres de lumière.

Joyeux Noël

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