Bah bah bah, ça m’intéresse pas

 In La rubrique de Frédérique

Bah bah bah ça m’intéresse pas ! Parce que l’on ne s’intéresse souvent qu’à ce qui nous sert et nous est utile.
Bah bah bah ça m’intéresse pas ! Parce que l’enthousiasme de l’autre nous confronte parfois à nos limites ; parce que ses entreprises réveillent des envies ou interrogent nos propres références ; parce que nous ne souhaitons pas sortir de nos zones d’habitudes ou de recherches ; parce que notre générosité et notre ouverture s’arrêtent aux frontières de nos attentes ; parce que coincés dans nos représentations, nos attachements et nos identifications, nous sommes dans l’incapacité d’accueillir l’autre pour ce qu’il est.

Mais l’intérêt peut aussi surgir… Et présent ou pas, il dit toujours quelque chose de nous.
Certains semblent curieux de tout, car ils ont besoin d’attraper ce qui leur échappe. Ils courent après le savoir pour s’en emplir et se satisfont de notions savantes qui les rendent parfois intelligents sans automatisme pourtant.
D’autres sont curieux des autres ; curieux de leurs parcours de leurs idées, de leurs aventures et de leurs mésaventures.
Selon l’attrait pour ce qui les concerne, ils passent de la reconnaissance et de l’empathie véritable à l’attention malsaine qui cherche chez autrui de quoi se délecter d’ambiance délétère.

Mais il est aussi une curiosité qui n’en est pas une, bien qu’elle soit particulièrement curieuse. C’est celle qui concerne nos semblables qui n’ont rien à faire de ce que nous sommes. Ils sont avec nous, mais ne nous reconnaissent pas. Ils nous voient, mais nous restons invisibles ; ils nous parlent sans chercher à savoir ce que nous pourrions raconter ni ce que nous avons à offrir.
Ces rencontres qui n’en sont pas, ces partages qui sont simulacres, témoignent d’indifférence, de peur, de rivalités ou de mépris qui n’osent se dire, mais qui se vivent pourtant dans une réalité totalement surfaite.

Là encore, il y a désintérêt, mais sur l’échelle du « rien à foutre », nous n’avons pas encore atteint le sommet. Dans la non-rencontre, dans le refus de la rencontre, dans la négation même de l’existence du prochain nous montrons à quel point l’autre ne nous intéresse pas. Ainsi toutes les injustices qui touchent les uns ou les autres aux quatre coins de la planète, ne nous intéressent pas toujours.
Celui ou celle qui ne cherche pas à connaître l’autre dit quelque chose d’une inhumanité.

Si nous ne pouvons pas rencontrer tous les êtres de la planète, la vie est ainsi faite qu’elle nous présente un nombre certain d’alter ego. Avec eux, nous avons l’occasion d’entrer en communication ou de rester sur nos quant-à-soi. Ainsi nous éprouvons notre capacité à aimer ; parfois nous ne voulons rien savoir de l’autre, car ce qu’il est nous dérange, et que nous ne l’aimons pas. Rien de grave dans ce constat, il indique la distance qui reste à parcourir sur la route qui mène à la fraternité.
Non celle des frères ennemis qui traduit la rivalité, mais celle des âmes unies qui parlent d’unité.
Sur ce chemin, nous avons tous à avancer pour transmuter notre part d’inhumanité.

Bah, bah, bah, c’est tout l’intérêt du sentier.

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