De cache-cache à colin-maillard

 In La rubrique de Frédérique

Jouer à cache-cache amuse, tant que nous séjournons avec plaisir dans nos caches sans nous y éterniser. Si attendre pimente un peu l’instant, lorsque le temps s’étire, le présent peut devenir amer, lourd, anxieux et parfois même délire. Ce besoin d’être trouvé, d’être reconnu, d’être identifié, d’être compris se partage et chacun dans le jeu attend du chercheur qu’il le trouve.
Ce dernier quand il joue, tente de deviner l’ingéniosité des partenaires pour dénicher de nouvelles planques, mais si la quête se prolonge au-delà d’un ludique acceptable, ce qui amusait peut tourner au cauchemar.
Ne pas être découvert, ne plus être cherché, comme ne plus chercher par lassitude, mécontentement ou dépit de n’avoir pas trouvé plus tôt mène sur la plage des solitudes, où l’abandon, le désespoir, la rage ou le découragement jalonnent la grève.

De même, en scrutant inlassablement les caches de nos intériorités, nous pouvons débusquer des inédits à traiter ou découvrir d’autres recoins où séjourner pour ne pas avoir à visiter des zones d’ombre entraperçues dans les creux de nos profondeurs. Car les jeux de cache-cache avec nous-mêmes imitent à s’y méprendre ceux que nous jouons sur la scène quotidienne.
Les cache-cache de nos instances intérieures épousent l’ensemble des combinaisons possibles. Tapies dans nos tréfonds, nos parts inavouables restent introuvables, mais n’en respirent pas moins au fin fond de nos intériorités, expulsant dans nos atmosphères, des relents qui cherchent à se faire oublier.
Délibérément occultées, alors qu’il suffit de lever le voile pour les extirper et nous soulager d’épines qui s’enveniment, elles continuent de mener la danse incognito.

Il semble incongru de laisser un mal tapi, quand il est simple de s’en libérer mais c’est sans compter avec nos ruses intimes. Au baromètre des possibles, elles voient clair et refusent un soulagement susceptible d’éradiquer les bénéfices secondaires qui assoient et confortent notre identité.
Le mal protège parfois d’avoir à se prendre en charge, il se fait tyrannique pour inciter l’autre à nous secourir, ou prend une telle place qu’il nous évite de parcourir le périlleux chemin d’une quête de sens dont l’issue est incertaine.

Cache-cache est un jeu particulier qui n’a pas son pareil, mais dont on trouve similitudes dans colin-maillard. Là, celui qui cherche ne voit pas. Il se dirige à tâtons, se laisse guider par le son pour toucher l’autre et se délivrer ainsi de son aveuglement.
Dans nos contrées intérieures, il est bon aussi de tendre l’oreille pour repérer la présence de ce qui nous agite, d’aller le toucher pour en prendre la mesure et s’en départir pour retrouver la vue et la liberté d’être.
Les jeux d’enfants ont ceci de particulier qu’ils disent quelque chose de la vie des grands sans se prendre au sérieux. Pourtant certains d’entre d’eux vivent le jeu comme un drame quand ils n’en sortent pas gagnants ; mais rassurons-nous, cela ne concerne que les enfants ; avec le temps, nous gagnons en objectivité, n’est-il pas ?

 

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