Deuils et renoncements

 In La rubrique de Frédérique

La vie propose de multiples occasions d’éprouver le manque ; certaines sont imposées par les événements, d’autres sont notre fait mais toutes induisent une perte instaurant forcément un nouvel état. Ainsi toute nouveauté résulte d’une renonciation.

Renoncer nous confronte à notre incomplétude personnelle. Dans le leurre de l’incarnation, nous nous comportons parfois, quelles que soient nos croyances, comme si l’autre ou ceux qui nous entourent de près, étaient indispensables. Nous confondons allègrement interdépendance et aliénation. Des liens nous unissent bien au-delà de ce que nous percevons sans être pour autant des prisons.

Lâcher les petits travers qui nous définissent et que nous chérissons parce qu’ils nous représentent, mobilise nos résistances. Renoncer à une qualité, à un défaut quand il sert nos intérêts personnels, exige de modifier les définitions que nous avons de nous-même, la conception que nous avons de notre identité.

C’est là que le « bas » blesse !

C’est là que la densité dans laquelle nous éprouvons notre existence, nous sépare des mondes subtils qui sont notre origine ; nous prenons la forme pour le fond, nos caractéristiques particulières pour l’intégralité de ce que nous sommes.
Se départir de ce à quoi nous tenons, peut donner l’impression d’une chute vertigineuse si nous n’avons pas de point d’attache supérieur permettant de ne pas sombrer dans les abysses de la dissolution ; il s’agit pourtant d’intégrer, en s’y fondant, l’univers commun de notre réalisation.

Séjourner dans cette dimension de nous même, hors espace, hors temps, sentir cette présence éternelle qui nous anime et nous qualifie, n’est possible que si nous abandonnons, au moins un temps, nos attributs personnels.
Imprégnés de ces bains dans les autres champs de notre réalité, nous pouvons rayonner sur des plans plus concrets, la subtile vibration de l’être qui nous pénètre, à mesure que nous méditons. Nous relayons alors un parfum d’essentiel sur les sphères de nos incarnations.
Celles ci ont pour fonction de laisser passer l’essence de vie jusque dans les plus petits domaines de sa manifestation et c’est à nous que revient d’investir consciemment cette mission dont chacun est dépositaire.

Se mettre à disposition de l’âme est une façon de renoncer aux prérogatives de notre personnalité. Celle-ci donne encore bien souvent le micro à nos différents corps et s’en satisfait ou s’en plaint ; en tentant de les organiser, en donnant des appréciations, en voulant les vivifier ou les brider, elle cherche l’équilibre le plus harmonieux dont elle puisse faire preuve.

Cette quête de confort dérange la mise à disposition de l’âme ; l’effacement de la personnalité, la suppression de ses désirs, de ses aspirations pour être outil de passage, objet créateur de notre dimension essentielle est un deuil. S’il n’y avait pas à renoncer, il y a bien longtemps que nous nous offririons sans retenue, à notre vibration magique pour qu’elle agisse à travers nous.
Mais…il nous faut pour cela rejeter nos multiples masques, nos identités falsifiées, et l’ensemble de nos attentes de reconnaissance.

Tant que nous ne serons pas en mesure de reconnaître et d’affirmer véritablement l’âme en nous, tant que nous ne nous y adonnerons pas, nous n’arriverons pas à lâcher les multiples fils de nos avoirs et de nos références.
L’abandon de ce qui nous retient est un long et difficile voyage car la liste de nos attachements est longue ; ceux ci nous définissent et nous nous enfermons dans nos définitions à tel point que nous n’en voyons plus les murs.
Difficile de faire tomber des cloisons que nous n’imaginons même pas ; elles sont peintes en trompe-l’œil aux couleurs qui nous conviennent et nous préférons l’image de ce qui doit être à ce qui doit être véritablement car elle est plus rassurante.

Affirmer ce qui doit être est un engagement, un élan dont nous ne percevons pas toujours consciemment l’ensemble des conséquences ; mais cet impact pressenti intimement nous retient parfois, dans les limites du paysage que nous avons construit en nous arrangeant de nos atours mirageux.

Les deuils et les renoncements qu’implique l’impersonnalité jalonnent nos vies. Nous apprenons ainsi à survivre à l’absence, aux manques physiques, émotionnels avant de percevoir en nous, la force fondamentale qui ne cesse de nous animer ; doucement nous nous tournons alors vers cette dimension essentielle pour nous y consacrer dans l’unique intention de servir cette vie qui passe à travers nous et qui nous guide à travers l’âme que nous sommes.

Deuils et renoncements sont des apprentissages de l’amour, des apprentissages pour rejoindre et vivre l’unité fondamentale dont nous sommes issus.
Mais, lâcher initie ou suit toujours une traversée du désert.

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