T’as t-y le goût ?

 In La rubrique de Frédérique

« Goûte, tu diras ensuite si t’aimes ou pas. » C’est ainsi que s’élaborent nos attraits comme nos répulsions, nos appétits rebutants comme nos aversions addictives. C’est ainsi que se construit notre rapport à l’environnement et les mémoires qui colorent du passé tous les présents que nous traversons.
Jusqu’au jour où ce goût qui s’aiguise par les liens que nous tissons avec l’extérieur, se détourne de toutes les suggestions que le monde propose pour traverser un désert gustatif où rien ne vaut plus sur le chemin de la découverte habituelle.
L’intérêt décroit et dans cette décroissance, le dégoût s’installe, donnant au quotidien un air de « à quoi bon », « y’a rien de bon », c’est pas bon » !

Quand nous réalisons que le bon n’émane pas, n’émane plus de l’extérieur, le désir s’estompe et semble disparaître ; et nous voilà, en panne sèche sur la route du devenir.
Pas grand monde sur cette voie pour nous conduire hors de cet état où plus rien n’a de sens car nul alors, ne peut à notre place, découvrir en sortant des sentiers battus du goût, le goût de l’Autre, le goût de l’intériorité, le goût de l’essentiel.

Changement de paradigme ! Ce qui nous animait jusqu’alors, paraît vain mais le germe du futur n’a pas encore éclos ; la nuit couvre nos ressentis, fait mine de s’éterniser et nos malaises résonnent dans le noir du quotidien.
Qui va nous éduquer ? Qui va pouvoir nous conduire hors de cet état où plus rien n’a de sens, car les repères d’hier ne jouent plus pour éclairer nouvellement la voie encore inconnue.
La nuit est inquiétante, nos pas s’y déposent hésitants quand nous osons les esquisser.

Se détourner, sans l’avoir consciemment décidé, de nos goûts surannés, s’apparente au deuil. Mourir à ce que l’on était, sans savoir qui nous allons être, déprime et épouvante ; nous rechignons et refusons l’obstacle face au courage demandé pour oser être Soi, et aux conséquences tsunamiques qui nous agitent.

Pas de panique, la lumière git, tapie, cachée dans l’obscurité ! En nous dégageant des apparences extérieures, en embrassant les profondeurs de notre essence, le gout subtil du primordial se redessine. En lâchant la proie pour l’ombre, notre regard s’accommode et découvre l’envers d’un décor que nous ne soupçonnions pas.

Solitude de l’agueusique qui se recroqueville sur lui-même au point d’en oublier ses semblables ; solitude qui s’estompe quand nous redécouvrons la puissance animante de l’essence.
L’oubli de soi, l’oubli même de son dégoût conduit à tisser les liens invisibles de l’essentialité et les insère sur la trame collective qui donne sens à l’Existence.
Conduire hors du paraître pour pénétrer l’être est un chemin qui s’indique mais se parcourt seul pour rejoindre notre communauté fondamentale.
T’as t-y le goût ?

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