La vie, l’avide, l’avoir et l’être

 In La rubrique de Frédérique

L’à vide ne peut être qu’avide.
Il s’emplit de superflu et cherche à combler un intérieur déserté en le meublant de désirs, de commentaires, de jugements, de comparaisons, de compétitions, d’activités multiples qui donnent l’illusion d’échapper à son gouffre intime.

Si cette appréciation semble sévère, que dire de nos intériorités quand nous parlons d’un absent, critiquons tel ou tel, admirons tel autre et glosons sans modération à propos d’autrui ?
En nous livrant à l’évaluation de nos semblables nous nous rassasions avec complaisance de nos appréciations, nous rythmons la danse de nos états et sortons de nous-mêmes.

Ces attitudes, ces habitudes, ces travers dont nous sommes friands, enflent d’importance, mais brouillent aussi l’écoute du silence qui conduit à une plénitude rayonnante. Ils vont parfois jusqu’à l’addiction tant le « parler de l’autre » s’invite dans tous les interstices relationnels.
Nos critiques se propagent et empoisonnent l’atmosphère, nos attentes alimentent l’espace velléitaire, témoignent de convoitises qui se gardent de trouver dans les tréfonds de l’être, les vibrations subtiles de la joie dénuée de plaisir ; car l’avide de distraction, le coureur de plaisir est un couvreur de joie !

 Toucher la joie sans se gonfler de plaisir n’a rien d’antinomique ; la joie tient de l’être quand le plaisir reste le privilège d’une personnalité qui agit pour elle-même. La joie se moque des impacts qu’elle provoque. Elle signe un état d’évidence où chacun œuvre pour l’ensemble sans espoir de bénéfice personnel ; à l’inverse le plaisir gratifie, érige le bonheur et la satiété en but existentiel sans se soucier d’un bien commun.

Les initiatives de partage, les bonnes nouvelles, les états du monde en phase avec nos conceptions colorent l’existence de plaisir. A contrario, la joie peut s’éprouver dans des situations dramatiques sans que rien n’alimente les bien-être ou mal-être de notre individualité.
Elle connecte au global et irradie sans chercher à convaincre du bien ou du mal fondé de ce qui arrive. Elle est un état d’être qui s’inscrit dans le sens du temps, des cycles, des événements, et comprend la finalité de ce qui se présente.

Tel un rouage dans le tout, nous pouvons contribuer à accompagner la danse de vie sans introduire de sable dans les agencements du mécanisme universel.
Passeurs d’essentialité, nous diffusons la plénitude de l’être par des attitudes détachées des notions de plaisir ou de déplaisir. À l’inverse, notre soif de satisfaction rend dépendant d’un environnement à qui nous donnons le pouvoir.

Seule la présence à l’être met en joie.
À défaut le plaisir va et vient, rythme nos quotidiens et pollue les relations humaines qui se donnent l’impression d’être pleines en parlant à tort et à travers.
Mais la joie ne signifie pas absence de plaisir ; elle remet ce dernier dans sa présence comme dans son absence à sa place d’inessentiel.
Alors fort de cette évidence, la joie se fraie un chemin et habite notre existence. Du vide au plein, du plaisir à la joie, le chemin…

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