Anagrammes festives

 In La rubrique de Frédérique

Quand les lettres perdent la tête, elles s’agencent en dépit du bon sens et transforment les mots en maux, les louanges en outrages, les joies en tourments, les espoirs en épreuves.
Ainsi, merci pétri de charme marche et fait le pitre ; en s’encanaillant dans le crime, il transforme la grâce en garce qui file son fiel sans avoir l’air d’y toucher.
En laissant valser consonnes et voyelles, les vocables passent de l’ombre à la lumière, de l’envers à l’endroit dans le droit fil de l’absurde ou de l’instabilité.

Séisme dans les repères, faillite de l’apparence qui au moindre mouvement mute vers une autre identité. Le crime d’un merci en vrac, celui de la grâce d’une garce, le charme forcé de la marche ou la file pleine de fiel quand l’attente est insoutenable, viennent nous dire qu’il suffit d’un rien pour nier sans ambages, ce qui était vrai, ou semblait l’être l’instant d’avant. Ravi d’avoir touché une once de certitude, voilà Vari qui vira sa cuti sans crier gare et marmonne un  » t’es cuit » que nous n’avions pas cru possible !

Nul ne peut se fier aux formes ! En perpétuel mouvement, elles peuvent du jour au lendemain s’avérer inutiles, embarrassantes, nous rester sur les bras si nous n’avons pas osé les laisser pour compte, quand il en était temps.
Idem pour les normes, bien mornes, ces jours de fête ; elles s’imaginent primées et s’ébrouent dans des rengaines aux relents périmés, voire futiles ou indigestes. Les normes de sécurité, les normes sanitaires, les normes sociales, les normes culturelles, les normes familiales, les normes s’égrènent à l’infini et se gaussent d’importance bien qu’elles soient passagères.

Dans ces formes, dans ces normes d’hier et d’aujourd’hui, le menu des fêtes est à réinventer.

Osons dire merci plutôt que crime, car c’est un crime contre l’humanité que de polluer le quotidien en râlant, en critiquant, en refusant le présent qui nous est offert pour le transmuter à la mesure de nos capacités. Ces formes émotionnelles, ces opinions véreuses (et non rêveuses), suspectes voire vénéneuses, ces formes d’insatisfactions arrimées, identitaires parfois s’installent dans le lit des normes qui colorent l’ambiance d’une grisaille visqueuse.

Mais, pas de panique ; le renouveau est là, confiné dans tous les intérieurs ; il attend d’être déniché, apprivoisé, exposé doucement pour exploser enfin à la lumière.
Le soleil au centre de son système brille pour tous et en tous. Solitaire, mais pas seul, solidaire dans l’ensemble des systèmes, il écrit depuis toujours en lettres lumineuses, le roman du vivant. Il nous parle de danse, de rythme, de cycle, d’alternance, de don, de sécurité ; il éclaire sans sourciller et reste éternellement présent même quand il est voilé. Chaque année, quelques jours avant le passage à l’an neuf, il s’ébroue dans notre hémisphère et vient donner à nos jours, des heures de gloire qu’il nous revient d’accueillir.

C’est à cette fête que nous sommes conviés, sans embrassades, sans cotillons, mais avec la joie qui tapie en chacun(e), attend d’être reconnue.
L’air de rien, c’est un crime de ne pas dire merci.
Merci la vie, merci l’année 2020 et merci de donner à 2021 un air de grâce et de fraternité.

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