Avanti popolo

 In La rubrique de Frédérique

La fuite est une pratique courante. Elle est un sport national, voire international, car dans le monde qui se meurt, tout porte à la fuite même si celle-ci prend des airs. L’air d’être très occupé ; l’air de rien ; l’air d’avoir une bonne raison de s’extraire d’une situation ; l’air de ne pas comprendre ou celui de comprendre trop vite pour n’avoir pas à comprendre plus avant. L’air d’avoir des priorités qui ne souffrent d’être ajournées ; l’air de notre assurance ou celui de notre impuissance qui justifie nos agirs ou conforte nos inactions.
Nous fuyons tout aussi allègrement l’essentiel, de peur qu’il ne se révèle et détourne durablement d’Inutile et de Vérité. Car Inutile procure des satisfactions dont nous ne souhaitons nous sevrer quand Vérité questionne le sens de nos choix et entraine inconforts et désagréments.

Alors, nous fuyons le Réel ; nous minimisons les symptômes qui éclatent aux quatre coins de la Terre et laissent dans l’affliction ceux qui sont nés là où nous ne sommes pas. Nous banalisons ou occultons également les insoutenables difficultés qui s’expriment en nous ou autour de nous pour n’avoir pas à les traiter.
Fuir la conscience des situations, fuir les responsabilités, fuir le conflit, fuir l’exigence de la réalité pour se cantonner aux leurres d’un point de vue particulier qui se garde d’explorer au-delà de ses frontières, devient trait de caractère qui peut aller jusqu’au déni. Or, sur la planète, la maladie est criante ; nous restons sourds à ces maux, faute de mots pour parler des peurs qui paralysent, rejettent et ne peuvent envisager un changement qui dépossèderait d’une once d’acquis.

L’acquis est dû, mais quand une coupe est pleine rien d’innovant ne peut la pénétrer. La sclérose gagne alors du terrain, préférant attendre la mort plutôt que de construire de plus justes rapports. Ces œillères n’empêchent pas l’égarement, elles le confortent au contraire, car le train de l’espoir n’attend pas les indécis. Fuir l’essentiel pour ne pas trouver l’être et les renoncements qu’il exige ne préserve nullement des séismes annoncés.
Les déséquilibres du monde sont tels qu’il faut inventer d’autres rapports ; certains s’y attèlent, mais d’autres fuient cette vision ou rendent acceptable le présent en l’ornant de justifications.

Nous fuyons également en restant sur place, car les plus grands évitements s’installent dans la conscience.
Ne pas voir la misère, ne pas voir la famine, ne pas voir les inégalités, ne pas voir la pollution que nous générons sur les plans physique, émotionnel et mental est une fuite qui protège du malaise que misère, famine, inégalités suscitent dans nos fors intérieurs. À l’abri de nos habitudes, les remparts de nos certitudes proposent des analyses velléitaires qui dédouanent de l’inaction ou de l’indifférence ; « nous ne sommes pas responsables des ignominies du monde et nous n’y pouvons rien. »
Fuir l’idée d’interdépendance confine à l’impuissance, autorise tous les rejets et justifie de continuer notre train-train dans le confort d’un quotidien qui se joue de la souffrance de nos congénères. Mais la fuite n’est pas éternelle ; un nouveau monde est en marche, il prône la solidarité et le partage des connaissances pour inventer une autre façon de l’habiter et de le réenchanter.
Ensemble, nous sommes invincibles… Il suffit pour cela de répondre à l’appel.

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