Ce n’est pas parce que c’est pas utile que c’est inutile
Ce n’est pas parce que c’est pas utile que c’est inutile.
Et là d’emblée, on s’y perd ; on y perd son latin, même quand on n’a jamais appris le latin.
Pas utile ? Pas utile, d’accord. Mais pas inutile non plus. Parce qu’à force de faire la différence entre utile et inutile, on apprend à voir, à sentir, à choisir, à suivre ce qui fait sens, ce qui nourrit un projet, une vision ou ce qui amène à tourner en rond
Et ça, oui… ça, c’est utile.
Alors inutile de critiquer nos détours, nos erreurs, nos hésitations.
C’est vrai, c’est pas toujours intelligent, pas très utile pour le quotidien ; mais c’est pas inutile non plus, parce qu’à force de faire des tours et des détours, des tours pour tout et pour rien, on finit par en rire.
Et là, quelque chose se passe, une overdose de pas utile nous pousse à lâcher l’inutile. Et voilà l’inutile qui brille doucettement jusqu’à révéler l’éclat de son utilité.
C’est là aussi qu’on pige qu’il est pas toujours utile de s’accrocher à nos définitions, car si elles aident souvent à se comprendre, elles sont aussi source d’incompréhension. Selon la façon dont on perçoit les choses et le cadre dans lequel elles s’inscrivent, une même réalité peut paraître bien différente. Et ça, ça montre la relativité de nos points de vue ; c’est utile pour voir nos limites, et plus encore pour ouvrir nos frontières.
Une fois ce cheminement compris, il rend complètement inutile le fait de s’accrocher à des positions qui n’ont de poids que dans le petit théâtre de nos dramaturgies personnelles.
Lorsqu’on fait la liste de ce qui est utile et de ce qui ne l’est pas, on réalise qu’entre utile et inutile, il y a un fil qui relie à plus ou à moins d’essentiel. Parce qu’à traverser l’inutile pour s’en détacher, on entre dans le creuset de la transformation, là où l’inutile reconnu et laissé pour compte devient tremplin vers de nouveaux possibles.
Abandonner l’inutile quand il sonne creux, c’est plonger plus profondément dans l’espace intérieur qui nous relie au tout. Et ça… ça, c’est utile.
Mais on ne le perçoit que lorsqu’on juge utile de laisser l’inutile tranquille, sans chercher à l’utiliser pour saupoudrer le quotidien de plaisirs illusoires.
Inutile, par contre, de renoncer à ce qui n’est pas utile tant qu’on n’y est pas prêt. Sinon, il reviendra masqué ; et ça, pour le coup, c’est pas très utile pour avancer.
C’est quand on découvre l’inutilité de certaines pensées, de certains gestes, de certains jugements séparatistes qu’un réajustement s’opère. Petit à petit, un éclairage survient, révélant ce qui mérite d’être conservé et ce qu’il faut abandonner pour avancer vers plus d’unité et d’adelphité.
Et ça… vu l’état du monde actuel, c’est sacrément utile,
Alors oui, inutile de s’en priver.