C’est drôlement moche

 In La rubrique de Frédérique

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Mais quel drôle de titre !
Associer drôle et moche, ça n’a rien d’engageant ; si ce n’est que si l’on reconnaît ce qui est moche, c’est que forcément nous avons une définition du beau. Et ça, c’est drôlement beau. Ce qui revient à dire que le drôle peut être mis à toutes les sauces sans avoir finalement rien de particulier à exprimer. Drôlement vient donc souligner quelque chose, mais sans être un trait, pas même un trait d’humour, juste une figure de style pour insister sur un état, une qualité, quelque chose que l’on tente de considérer comme marquant, alors qu’en fait, il s’agit juste d’un adverbe qui trompe en traitant de drôle quelque chose qui ne l’est pas forcément.

Drôle d’idée que d’associer drôlement à moche, beau, bien, sympa, bon, bête ou méchant. Drôlement s’accorde à tous les mots : drôlement gentil, drôlement intéressant, drôlement riche, drôlement pauvre, drôlement inopportun, pour venir préciser quelque chose qui finalement ne précise rien du tout.
N’empêche que si tu es drôlement moche, ça semble moins bien que si tu es drôlement beau, car si tu veux briller, il va falloir t’appuyer sur autre chose que sur l’apparence, sur ce qui n’est pas immédiatement perceptible. Et si tu es drôlement moche, c’est que je ne vois que ce qui ne me plaît pas, que ce qui me dérange ou m’aveugle chez toi au point d’être incapable de percevoir ton beau caché ; et ça, c’est drôlement moche de ne voir chez l’autre que la surface.

C’est drôlement moche de se dire que l’autre est drôlement moche ; cela vient juste révéler que notre drôlement moche s’exprime avec vigueur et s’érige en jugement premier, sans avoir pris le temps de réellement définir ce qu’est le moche dans nos façons de nous reconnaître comme humain en chemin.

C’est drôlement moche de s’arrêter à ce qui nous dérange, car ça ne permet pas d’avancer. Ça ne permet pas de voir chez l’autre toutes les avancées qui se profilent, toutes les épreuves qui se forgent, tous les courages qu’il a fallu déployer pour qu’il en arrive jusque-là. C’est drôlement moche de les balayer d’un revers de jugement sans prendre la mesure des difficultés que chacun rencontre sur sa route.

Et si l’autre se prend pour ce qu’il n’est pas, peu nous importe ! L’important ce ne sont pas les erreurs que nous identifions chez nos semblables, mais la richesse des essais comme des erreurs qui sont d’une beauté qui laisse pantois. Drôlement courageux tout ça !
Alors plutôt que de critiquer tel ou tel, plutôt que de nous critiquer nous-mêmes en fonction de nos échelles de valeurs drôlement relatives, cherchons donc à nous voir comme des êtres en perpétuelle évolution.

Drôlement vain de critiquer, drôlement beau d’avancer, drôlement navrant de ne pas réussir à être plus performant, mais drôlement aidant de voir que c’est ensemble que nous pouvons dépasser toutes ces limites drôlement intéressantes. Car sans limites, difficile d’aller au-delà pour pouvoir les dépasser.
Drôlement futée, l’existence quand même ! même quand elle n’est pas drôle.

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