C’est pas parfait
C’est pas parfait. Et ça tombe bien. Si tout était parfait, ce serait le chômage assuré ; plus rien à corriger, plus rien à comprendre, plus rien à apprendre. Bref, une évolution en berne. La perfection n’est pas de ce monde, mais elle a une drôle de façon de nous faire signe. Elle est là, tel un phare indiquant une direction qu’elle nous invite à prendre. Or, nous ne pouvons fouler tous les chemins à la fois. Il faut choisir, et chaque route recèle de nouveaux possibles. Ici, nous développons une qualité, là une compétence, ailleurs nous apprenons… à nos dépens, au fil des erreurs et des errances.
L’expérience a sa pédagogie ; elle met en situation et donne tout le loisir de comprendre a posteriori. Ainsi, l’erreur n’est pas l’ennemie du progrès, elle enseigne. Elle pointe une limite qu’il importe de dépasser et permet d’ouvrir nos champs de compréhension.
La perfection n’est pas de ce monde, mais son appel nous habite. Nos travers, nos failles et nos dérives, parce qu’ils sont condamnables au regard de son existence, sont aussi le substrat de nos possibles transformations.
Ce qui est l’antithèse de la perfection peut aussi devenir le chemin qui y conduit. Nos errements ne sont pas une fin en soi, ils sont une matière brute. Ils ne justifient ni l’inexcusable ni l’intolérable. Cependant, même au fond de l’abîme de l’injustice ou de la violence gît la possibilité d’une métamorphose.
Là encore, quelque chose peut être appris. L’intolérable indique ce qui doit cesser. L’injustice montre ce qu’il convient de défendre. La violence se révèle sans issue et invite à découvrir d’autres voies relationnelles.
Encore faut-il pour oser abandonner nos travers, avoir compris que la sagesse réside dans le courage de tourner la page. Car constater nos imperfections ne suffit pas. Le véritable défi commence lorsque la perfection en ligne de mire, se mue en moteur d’évolution. Chaque insuffisance devient alors une invitation, chaque limite, un passage, chaque prise de conscience, une possibilité de faire autrement. Mais notre engouement pour le « mieux » pour soi ne doit pas devenir un pire pour d’autres. Il conduit à être plus conscient, plus juste, plus aimant, plus attentif à ce qui nous relie.
Alors oui, tout n’est pas parfait, nous ne sommes pas parfaits, le monde n’est pas parfait et il ne le sera probablement pas demain, malgré tous nos efforts.
Désespérant ? Non !
Chaque fois que nous identifions une limite que nous cherchons à dépasser, quelque chose avance. La perfection n’est pas ce que nous devons atteindre. Elle est ce qui nous pousse à devenir meilleurs. Elle murmure à notre oreille : « Fais mieux. Fais de ton mieux. Et surtout, fais en sorte que ton mieux soit au service de tous. »
Ça, c’est pas parfait, mais c’est un plus pour la communauté.