Chaque mois, une traversée
Chaque mois, une traversée. Chaque mois, un pas de plus dans les abîmes de nos intériorités. Ce qui parfois s’apparente à une descente aux enfers n’est pourtant ni une chute, ni une punition, ni même une dérive. C’est une respiration. Un mouvement naturel, presque organique. Un appel à s’enfoncer dans les zones moins éclairées de notre être, non pour s’y perdre, mais pour y voir plus clair. Car ce voyage dans les profondeurs vise à révéler ce qui silencieusement résiste encore au changement.
Nous portons tous des mémoires dont, bien souvent, nous ignorons l’existence. Elles infiltrent nos gestes, nos silences, nos réactions. Elles conditionnent nos choix, colorent nos opinions, orientent nos élans. Ce sont des traces anciennes, personnelles, familiales, collectives, enkystées dans les replis de nos corps et de notre psyché. Telle une armure invisible, elles freinent, détournent ou étouffent la libre expression de l’âme en chacun. Et tant qu’elles demeurent enfouies, elles façonnent nos vies à notre insu. Alors faut-il attendre qu’elles se manifestent sous forme de crises ou de ruptures pour y prêter attention ? Non.
Y plonger n’est ni un luxe ni une posture réservée à quelques initiés. C’est une urgence. Une exigence intérieure pour quiconque sent que les chaînes du passé et les vieux mécanismes empêchent de respirer, d’aimer, de créer. Car ces cuirasses, loin de nous protéger, sont devenues les remparts qui isolent des autres et de l’amour qui cherche à poindre.
Mais s’engager sur cette voie de libération demande un certain courage. Non pas celui qui pousse au combat, mais celui, plus rare, qui ouvre à l’écoute.
Il ne s’agit pas d’éradiquer nos zones d’ombre comme on couperait des têtes, cela ne ferait que les renforcer. Il s’agit de les reconnaître sans masque, sans drame, de les approcher comme on retrouve une part oubliée de soi, un fragment resté en arrière, en attente pour être traité. C’est là que commence la véritable métamorphose : dans cette reconnaissance simple, patiente, une lumière se pose sans violence sur ce qui jusque-là semblait inexistant parce que trop menaçant.
Ce processus, bien que discret, peut être rude. Car il demande de se détacher peu à peu de l’importance personnelle, cette force diffuse, mais tenace, qui pousse à se protéger, à se justifier, à rester au centre quoi qu’il se passe.
Tout en nous cherche à préserver une image, à défendre un statut, à s’assurer d’exister dans le regard des autres. Mais cette construction, aussi brillante ou rassurante soit-elle, devient tôt ou tard un poids, un filtre entre soi et le monde.
Elle sépare subtilement de ce que nous sommes vraiment. Elle entretient une distance, alimente des comparaisons, empêche la communion. Dès lors, impossible d’être UN avec ce qui est. Chaque cycle, chaque passage, devient alors une invitation à déposer un peu de ce fardeau. C’est un masque qui se lève, un attachement qui lâche, une attente qui se dissout, non pour gagner en compétence, mais pour se rendre plus disponible à ce qui est pour être moins saturé de soi, plus ouvert à l’ensemble au fil des traversées.