L’enfer de nos prisons subtiles

 In La rubrique de Frédérique

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Attachés à nos représentations, engoncés dans ce que nous connaissons de nous-mêmes, des autres, du monde, nous érigeons nos attachements en référence et nous nous arrimons, sans y prendre garde, à nos définitions. Dès lors, nous voilà pleins d’importance, pleins de savoirs et d’évidences, bercés par des vaguelettes, voire des vagues d’orgueil qui imprègnent nos consciences.
C’est de là que naturellement, nous proférons haut et fort des avis éclairés qui, en toute inconscience, ont des airs prosélytes.

Mais le prosélytisme n’est autre qu’une façon déguisée de se rassurer. En parvenant à convaincre l’autre de ce qui fait raison pour nous, nous confortons nos raisons, nos repères, nos systèmes de compréhension. Le prosélytisme est un mouvement qui refuse et cherche à annuler la différence pour imposer ses idées, ses croyances, ses façons d’être et de faire, en lieu et place de celles d’un autre. Mais quand on se prend en référence, quand on considère ses visions, ses expériences, ses désirs comme des modèles, on s’enferme dans des « quant à moi », qui excluent l’humilité.

Dans un verre plein, nulle place pour une gouttelette supplémentaire. Dans nos têtes bien faites et pétries de certitudes, pas d’espace pour réinterroger notre regard et nos conceptions en tout genre. Dans les prisons de nos définitions scellées dans le marbre, pas de souplesse, pas de jeu pour une possible transformation. Mais si les savoirs parfois aliènent, le savoir aide à traquer les masques que prend l’orgueil du sachant, du bien-pensant au fil du quotidien. Ainsi, la critique est une variante de l’orgueil.
Positive, elle dit que l’autre est conforme à ce que l’on juge appréciable.
Négative, elle souligne qu’il en est fort éloigné.
Dans un cas comme dans l’autre, les bons et mauvais points décernés à autrui dépendent de notre échelle de valeurs et prouvent une nouvelle fois, qu’en dehors de nos façons de penser, de jauger, d’évaluer, de concevoir et de comprendre, pas de salut !

Mais pour qui nous prenons-nous ?
Confinés dans nos opinions, nos mémoires, nos découvertes passées et nos compréhensions d’hier, nous évitons d’accueillir l’once de neuf susceptible d’interroger autrement notre être au monde et nous nous préservons de possibles surprises.
Nos peurs comme nos satisfactions répondent au même processus. Nous sommes tous et toutes parties du monde, mais pas pour autant des nombrils du monde. Nous sommes tous et toutes partie du monde, un ou une parmi d’autres en chemin, colorant l’ambiance sociale qui baigne l’ensemble.

Tant que nous ne réaliserons pas l’absolue nécessité de nous délester de tous nos partis pris, pour être en capacité d’accueillir l’autre, individu, leçon ou situation, sans attente préalable, sans préconçus déformants, il n’y aura pas de rencontres transformatrices. Seule cette neutralité bienveillante permet au bien d’advenir. Ce bien qui, quand il échappe aux représentations étriquées, peut réellement se laisser découvrir.
Et si ces mots sont une représentation, qu’ils en appellent d’autres pour ne pas se figer dans une récitation.

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