Entre être et avoir, il faut savoir.
Entre être et avoir, il faut savoir. Mais qui sommes-nous pour prétendre savoir ?
Quand on fait le compte des critiques que nous formulons au fil des jours, on réalise qu’on ne voit le monde que depuis le promontoire de nos opinions. Celles-ci nous rassurent et légitiment nos manières d’être, de penser, d’agir.
Si l’autre ne nous ressemble pas, c’est qu’il échappe à notre champ de référence. Et s’il nous paraît familier, c’est qu’il y entre ou n’en est pas trop éloigné.
Dans ce cadre fermé, l’objectivité fout le camp, mais ça ne nous empêche pas de défendre avec force des jugements qui ne sont souvent que le reflet de nos conditionnements.
Mais à quoi servent ces points de vue, sinon à nous rassurer sur notre place ? À nous inscrire dans un devenir qui prend racine dans un passé qui nous a façonnés et qui trop souvent nous enferme.
Dans ce déjà su, déjà vu, déjà conquis, il devient difficile d’accueillir le nouveau. Or ce que la vie propose, ce n’est pas de la conserver en l’état d’hier, mais de la découvrir, de la révéler, et de l’accompagner dans son déroulé. Pas de la figer dans un avant qui cherche à se perpétuer.
Vouloir garder ce qui a été dans nos pensées, nos sentiments, nos acquis, c’est s’emboliser l’aura, empêcher l’inédit de s’y frayer un chemin, et refuser le changement en campant sur ce qui a été.
Nous restons bien souvent des hommes et des femmes des cavernes attachés aux ombres projetées sur les parois de nos compréhensions.
Prisonniers volontaires de chaînes confortables, nous refusons d’embrasser l’incertitude d’un monde plus vaste, mais aussi plus insécurisant, car nous n’en connaissons pas les limites
Nous savons ce que nous avons, mais nous savons moins ce que nous sommes. Or, choisir ce que nous sommes rend nos avoirs obsolètes, fait vaciller les certitudes, et surgir le vertige de la légèreté de l’être.
Choisir l’être, c’est renoncer à ce qui faisait notre valeur aux yeux du monde. C’est entrer dans un espace où nos richesses ne sont plus garantes de notre importance.
Entre être et avoir, il faut trouver sa place. Celle qui permet d’avancer pas à pas sur le chemin de l’oubli de soi. Car c’est à s’oublier en tant que possédant que l’être nous convie. C’est à faire confiance en un essentiel qui ne soit pas croyance sécurisante, mais champ de forces avec lequel s’accorder pour apprendre à sortir de l’égoïsme, à dépasser les séparatismes et à briser les murs qui nous isolent. Alors seulement, nous pouvons accueillir pleinement ce qui nous relie : la Vie dans toutes ses dimensions.
Entre être et avoir, il faut savoir de quoi il est question… sans se raconter d’histoires.