Évidemment !

 Dans La rubrique de Frédérique

 

 

Évidemment, l’année se termine. Évidemment, il fait jour. Mais s’il fait jour à Paris, il fait nuit à Pago Pago. Et là, quand on prend la mesure des limites de nos évidences, on en vient plus aisément à dire : relativement.
Évidemment, penser relativement, c’est accepter l’évidence de cadres et de contextes particuliers, différents, et donc s’accorder un temps de latence pour analyser avec patience de quoi il retourne.
C’est ainsi que l’on passe de l’évidence à la relativité, puis à la patience pour entendre ce qui se dit derrière ces évidences qui sautent à l’esprit, nourrissent les opinions qui nous habitent et s’expriment parfois avant même de les avoir pensées.
C’est là que réside le hic.

Parfois, nos réactions dégainent plus vite que nos pensées et viennent nourrir le terreau des lieux communs sans que nous réalisions combien nous formatons, donc combien nous figeons notre regard sur l’existence. Évidemment nous y croyons, évidemment nous défendons nos analyses, évidemment nous admettons relativement facilement que nous pouvons avoir un point de vue limité, mais relativement à ce point de vue que nous défendons avec constance, nous dressons les murs qui nous empêchent de découvrir un nouvel horizon.

Évidemment cela n’apparaît pas immédiatement ; il faut du temps pour prendre la mesure de nos erreurs, et les impasses dans lesquelles s’engouffrent nos façons d’envisager la réalité sont longues et pleines de méandres. Dès lors nous les parcourons longtemps avant d’atteindre le terme des voies sans issue qui nous semblaient pourtant prometteuses.
Et revoilà le hic de l’évidence toute relative qui s’impose dans les consciences.

Évidemment, ce n’est pas facile. Évidemment, il faut accepter de rebrousser chemin, de reconsidérer nos évidences pour aller chercher au-delà une vérité nouvelle susceptible d’éclairer autrement notre lecture du réel. Mais c’est à mesure que tombent nos évidences que nous gagnons en humilité, car la relativité oblige à l’humilité qui seule, permet d’accueillir d’autres évidences, y compris quand elles se défendent avec véhémence.

Découvrir cette humilité à travers l’effritement de nos évidences n’a rien d’une humiliation. C’est au contraire une invitation à élargir notre vision, à accueillir plus pleinement ce que pensent, croient et vivent nos semblables. Cela nous rappelle que depuis notre minuscule point d’expérience, nous sommes peu de chose, et pourtant c’est de ce point parmi tant d’autres que nous pouvons contribuer à un monde plus inclusif.

Évidemment, ce n’est pas simple, surtout lorsque nos façons de concevoir la réalité diffèrent radicalement de celles de nos contemporains. Mais c’est en nous y attelant avec patience que nous parviendrons à accompagner l’émergence d’un futur plus aimant.
L’année se termine et une autre va commencer. Voilà une évidence ; à nous de tirer les leçons de nos certitudes et de nos impasses pour nous engager consciemment aujourd’hui et demain vers plus de sagesse et d’humilité.

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