Flagrant délit

 Dans La rubrique de Frédérique

 

Le flagrant délit est le plus fréquent de nos délits quotidiens. Nous en commettons à longueur de journée sans même nous en apercevoir. Si les forces de l’ordre en uniforme ne sont pas là pour nous le signaler, les forces de l’ordre intérieur, elles, beaucoup plus discrètes, ne laissent rien passer. Elles enregistrent tout ; les petits et les gros délits, les mesquineries en récidive… et inscrivent soigneusement le tout sur une ardoise karmique qu’il faudra régler tôt ou tard.

Et la palme revient sans conteste au flagrant délit d’égoïsme. Celui-là il est partout, même là où on ne l’attend pas. Vous laissez gentiment passer une voiture à un carrefour. Vous êtes satisfait de votre geste, vous attendez le petit signe de la main, le sourire, le merci … Mais rien ! Pas même un regard. Et là, intérieurement surgit un désappointement, un jugement, un si j’avais su !
Et vlan ! Vous venez de vous faire flasher.

Notre générosité a sa petite comptabilité ; elle engrange soigneusement les signes de reconnaissance.
Un proverbe dit avec humour : « L’égoïste est celui qui ne pense pas à moi. » Car l’égoïsme, c’est l’art de tirer la couverture à soi, l’art de récolter des bénéfices personnels. Mais il ne se résume pas à l’acte de prendre la plus grosse part du gâteau, il règne aussi chez celui qui vérifie discrètement qui a eu la plus grosse part.
La critique en est une forme élégante. S’appuyant sur ses propres critères, l’égoïste évalue l’autre à l’aune de ses baromètres moraux. Idem pour les comparaisons qui ne sont que des critiques déguisées, des évaluations de nos contemporains, en nous prenant pour un étalon.

L’égoïsme va encore plus loin. Outre l’habilité à tirer son épingle du jeu ou à profiter d’une situation au détriment des autres, il s’égaie sans modération dès que nous pensons ou agissons au mépris du bien commun. Et vu sous cet angle, inutile de jouer les saintes-nitouches ; nous sommes tous pris en flagrant délit. Et ce n’est évidemment pas en regardant ceux qui sont plus égoïstes que nous, que nous progresserons. Non ! Le véritable travail consiste à ajuster encore et encore, nos pensées, nos choix et nos actes pour qu’ils servent quelque chose de plus grand que nous.

Cela exige de la conscience, du discernement et parfois quelques renoncements. Car s’il est facile de ne pas prendre la plus grande part du gâteau sur la table, il est plus difficile de savoir si notre manière de vivre contribue au bien commun… ou si elle participe insidieusement aux déséquilibres qui laissent le monde en souffrance.

Mais nos flagrants délits n’ont pas à nous faire culpabiliser, car la culpabilité est encore une façon convenue de se regarder le nombril. Non ! Nos flagrants délits sont des points indicateurs pour aller vers ce qui nous les fait remarquer, l’altruisme et l’innocuité. Car si nous n’avions pas un brin d’altruisme et d’innocuité, les flagrants délits ne nous apparaîtraient pas.

Ça, c’est la bonne nouvelle. Et pour une fois, c’est un flagrant délit dont nous pouvons nous réjouir.

 

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