L’imparfait du subjectif

 In La rubrique de Frédérique

Comme tout verbe qui se respecte, l’imparfait du subjectif se conjugue aux trois premières personnes du singulier, aux trois personnes du pluriel, et ainsi lie tous les sujets au-delà de ce qui les sépare. Cependant, seules les premières personnes du singulier et du pluriel peuvent coopérer au plus-que-parfait à venir.
Le tu n’es pas parfait, il n’est pas parfait, vous n’êtes pas ou elles ne sont pas parfaites sont de navrants constats sur lesquels nous ne pouvons rien. L’imperfection de l’autre a cependant cet avantage, au-delà de l’énervement qu’elle procure parfois, de ne rien nous demander.
À l’inverse lorsque le « je » ou le « nous » s’avèrent imparfaits, ils donnent l’occasion, ô combien intéressante, de nous parfaire sans attendre que d’autres le fassent à notre place. C’est donc en visitant notre terre intérieure et en la rectifiant que nous en révélerons le joyau caché. Pour ce faire, l’imparfait est en chemin et qui est en chemin n’en est donc pas au but !

Excellente nouvelle pour le pèlerin qui voit loin, car « être arrivé » ne satisfait qu’un temps ; imaginer séjourner ad vitam aeternam sur un point d’arrivée sans autre perspective que d’y rester, n’a rien de réjouissant.
L’imparfait du subjectif est le moteur qui conduit à demain en prenant la mesure d’aujourd’hui.
C’est le sublime de notre humanité qui, à chaque instant, peut à loisir se parfaire quand elle ne s’égare pas dans des loisirs qui la distraient savamment d’elle-même.

Savoir qu’à chaque instant l’aventure qui mène au bien, au beau, au vrai est ouverte, savoir qu’à chaque instant le choix entre le mieux et le moins bien se propose, donne à l’existence ses lettres d’innovation et sa part d’improvisation. Le choix d’un mot, d’un acte, le choix d’exprimer ou de taire, le choix sage ou bêta, est à portée de tous.
Mais s’il est à portée de conscience, il ne s’incarne pas forcément, car imparfait aime à se mirer dans le reflet de ses imperfections, quitte à s’en plaindre pour leur donner plus d’importance.
C’est là que l’imparfait du subjectif donne moult raisons de perpétuer ce dont il se plaint ou trouve la force de s’engager sur la voie du perfectible ; il affronte alors les mille et un ratés qui gratifient celles et ceux qui osent sortir des sentiers battus.

L’avancée vers le parfait du subjectif est aride, comme la grammaire française riche d’exceptions qui en font la difficulté. Le subjectif dévoile nos atouts de grammairien(ne)s, révèle notre identité commune et dit à chacun qu’il est l’exception qui doit se frayer un chemin vers la perfection.
Ainsi, le « je suis imparfait(e) » mute en « nous sommes imparfait(e)s », mais redonne au « je » les pleins pouvoirs, car c’est lui qui travaillant à se perfectionner contribue au raffinement commun pour permettre à l’humanité de dire : je ne suis pas parfaite, mais nous avançons ensemble et collectivement à extraire le diamant enfoui au fin fond de notre subjectivité.
Tout savoir est gai quand il égaie les perspectives ; pas vrai ?

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