Jeux de mots

 In La rubrique de Frédérique

Quand on n’a rien à dire, on se tait ; mais quand on se tait, personne ne nous entend et si personne ne nous entend, personne ne nous répond ; et si personne ne nous répond, nous nous perdons dans les abysses d’un silence assourdissant. Et nous voilà, en suspens, pleins de mots qui ne savent ni quoi, ni comment dire, mais hurlent muettement leur besoin de réponses aux questions qu’ils ne peuvent formuler.
Le propre des questions tues est d’attendre ; d’attendre des réponses qui s’habillent de lieux communs pour meubler les espaces collectifs de pseudo accords qui donnent l’air de se reconnaître entre gens du même bord. Or si nous sommes du même bord dans l’existence, nous sommes également tout au bord de ne pas nous comprendre, ou tout au bord de la rupture, ou tout au bord d’une dispute qui donne le loisir de se sentir exister.

Quand on n’a rien à dire, on se tait. OK ; mais quand on a trop à dire, on se tait parfois aussi. Car à trop en dire, on risque de se trouver acculé à s’expliquer.
C’est là que le hic du hoquet empêche de parler ; s’expliquer c’est compliqué ! À moins de dire dans des circonvolutions multiples tout et son contraire pour noyer le poisson et donner à celles et ceux qui sont au bord, tout au bord de l’océan d’incompréhension, l’illusion de comprendre. Car derrière les mots pour le dire, derrière les silences pour taire, il y a l’indicible, l’inaudible, le subtil qui l’air de rien, sans rien dire, se fraie un chemin et vient foutre le bazar en réinterrogeant nos poncifs et nos façons de comprendre l’insensé de l’existence.

Tout cela semble absurde, mais ne l’est pas plus que toutes ces petites choses qui viennent nous mettre sens dessus dessous, alors qu’il n’y a pas mort d’homme, ni mort de femme, alors qu’il n’y a mort de personne ! Mais il y a bel et bien dérive intérieure que les mots disent, taisent, cachent, enjolivent ou exagèrent parce qu’ils ne savent pas dire ce qui donnerait sens véritablement aux tracas quotidiens dont nous faisons toute une affaire.
Tout ça parce qu’on n’a rien à dire et que personne ne semble comprendre la détresse de n’avoir rien à dire quand on souhaite être compris. Parler de ses activités, du dernier film vu, c’est dire quelque chose, mais quelque chose qui vient juste masquer que l’on n’a rien à dire et que l’on parle pour ne rien dire.

Communiquer mais pour quoi faire ? Dialoguer pour se donner l’impression de n’être pas seul, pour avoir l’air intéressé par les insignifiances de la vie.
Mais, rien à faire ! Au fin fond de nous-mêmes, les mots sont vides ; vides de sens, vides de passion, vides de reconnaissance ; ils se dévident comme une pelote dont on ne verrait pas le bout, une pelote pleine de nœuds, de non-dits, de trop-plein et de blablas lourds de non-sens.
Quand on n’a rien à dire, on se tait ; mais qu’il est difficile de se taire et d’entrer en silence pour rencontrer dans les tréfonds de l’intériorité, l’intimité qui se dénude si les non-dits taisent l’essentiel pour laisser paraître les jeux de mots qui cachent nos profondeurs sans paroles.

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