La critique est aisée, mais l’art est difficile

 Dans La rubrique de Frédérique

 

 

Voilà une phrase qui court dans les esprits depuis le dix-huitième siècle et qui habite celui ou celle qui cherche à pénétrer l’art du vivre ensemble sans juger, sans jauger l’autre à l’aune de ce qu’il voudrait qu’il soit. Pas simple ; pas simple, car cela oblige à accueillir sans a priori, sans attendre quoi que ce soit d’un autre.
Les critiques viennent toujours de nos attentes ; la pensée, l’action, l’expression des alter ego qui ne correspondent pas aux valeurs ou aux idéaux qui gouvernent notre existence, parfois même inconsciemment, s’insinuent dans nos champs relationnels.
Nous distribuons alors de bons et de mauvais points fictifs à travers nos pensées et ce que nous donnons à entendre à celles et ceux qui nous entourent. L’autre a juste ou faux dans sa façon d’être ou de faire et évidemment nous l’évaluons sur l’échelle de ce que nous comprenons du bien ou du mal depuis le panorama qu’offre notre vision.

Par-delà l’apparence, que pouvons-nous comprendre des situations, des événements pour accompagner au mieux ce qui nous semble le plus adapté à la situation ? Dans quel cadre inscrivons-nous nos appréciations du monde ?
Partant du fait que chacun, chacune fait au mieux, eu égard à sa position sur l’échelle de l’évolution, choisissons-nous de mettre l’accent sur ses potentiels ou sur ses limites ?
Les premiers propulsent vers l’avenir, les secondes scotchent sur le passé et nous enferment ou enferment l’autre sur un instantané qui ne permet plus de voir le présent comme un passage permanent.

Pourtant à chaque instant, l’occasion de vivre détaché du passé se propose, mais nous jouons peu de ce potentiel tant il oblige à quitter des représentations qui confortent nos vues, même quand elles sont dérangeantes.
Inscrire une situation, une personne dans une case rassure, mais ne nous permet pas de regarder l’existence et ce qui s’y déroule avec l’œil de celui qui découvre.
Celles et ceux qui nous connaissent parfois nous figent, comme nous figeons celles et ceux que nous croyons connaître en fonction de ce qui nous plaît ou nous gêne dans leur manière d’être au monde.

Les critiques sont aisées, mais l’art de vivre au présent sans attente, l’art d’être au monde sans ruminer l’hier est une avancée qui demande courage et abnégation.
Il ne viendrait pas à l’idée du grimpeur de s’accrocher à une prise et de ne pas la lâcher s’il veut s’élever dans la voie qu’il choisit d’emprunter. C’est pourtant ce qui arrive si nous restons fixés aux étapes antérieures sans réaliser qu’elles sont un passage.
Or, faire du passage, un tableau gravé dans le marbre n’est pas œuvre d’art, mais une œuvre de mémoire qui souvent empêche d’aller de l’avant.

À chaque instant, l’opportunité d’entretenir les limites ou d’encourager les potentiels est offerte.
Il faut le savoir, il faut le reconnaître et choisir la proposition que nous souhaitons servir pour constater à quel point la critique est aisée et l’art difficile. Mais grâce à la difficulté, nous dépassons nos limites et actualisons, par-delà la critique, certains de nos possibles.
Difficile certes, mais soutenable et souhaitable…

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