La grande lessive
Il semble évident à chacun à chacune de se nettoyer la face chaque matin chaque soir, car nettoyer la face que l’on montre au monde, c’est faire bonne figure plutôt que face crado. Mais quand allons-nous chercher à nettoyer consciemment la face du monde ?
Se débarrasser des impuretés, noble tâche quotidienne, mais comment participer au même mouvement en société, dans la cité et dans tous nos environnements ?
Il ne s’agit pas évidemment de faire le ménage de la forêt, elle le fait elle-même ; il ne s’agit pas non plus des grandes opérations de nettoyage des plages, des mers et des trottoirs que nous arpentons, non ! Il s’agit de nettoyer nos intérieurs secrets, ceux qui ont besoin d’être revisités, assainis, retapés.
Nettoyer la face du monde, c’est d’abord aller voir ce qui la souille et la façon dont nous contribuons parfois naïvement et inconsciemment à nourrir ses points noirs.
En premier lieu la mauvaise alimentation prend la tête du peloton ; mauvaise alimentation physique émotionnelle, mentale, la malbouffe est à tous les étages !
Trop de sucre, trop de mélasse dans le champ des émois divers, dans lesquels on se complaît et que l’on nourrit de nos intérêts pour les potins en tout genre, les multiples plaisirs qui nous servent tout en desservant les autres.
Trop de sel, trop d’amertume, trop de critiques, de tension à déceler la faute ou la cupidité chez l’autre, sans réaliser que dire du mal des autres est une façon malhonnête de se flatter. [1] Trop d’opinions tenaces, obsédantes qui nous encasquent jusqu’à nous empêcher de penser !
Encore de la malbouffe, de l’ingurgitation malsaine.
Prôner l’écologie, la justice sociale, le commerce de proximité pour éviter de polluer et d’acheter en ligne, c’est juste une petite poussée d’acné, une poussée de pus qui apparaît sur nos gueules d’ange qui plaident parfois pour des comportements qu’ils ne respectent pas.
Quand on voit les soins que l’on apporte à notre face, à notre façade personnelle dans le privé comme dans le professionnel, on a une idée de ce que nous avons à changer sur la face du monde.
Plus d’authenticité, moins d’égoïsme, moins d’attachement aux visibles pour assainir le terrain en sous-sol comme en surface et y planter de nouveaux possibles bénéfiques à la face, au corps au fin fond du monde.
Soyons beau, soyons bons, soyons vrais, non dans le paraître, mais dans les tréfonds de notre face cachée. Quand on se compare, on se rassure, quand on se contemple on s’effraie.[2]
Alors au lieu de nous comparer, osons contempler. Et au lieu de craindre ce que nous voyons, devenons ce que nous souhaitons voir apparaître.