La vision de l’aigle

 In La rubrique de Frédérique

Nous découvrons ce que nous explorons géographiquement, intérieurement, mentalement, subtilement, mais l’inexploré existe au-delà de nos zones familières. Si nous ne le savons pas, si nous n’imaginons pas la possibilité de le rejoindre en sortant de nos ornières, il ne peut se révéler et le terrain de nos expériences s’habille alors inlassablement de même.
Cela concerne les lieux, les vécus objectifs, les vibrations qui existent au-delà et en deçà d’un certain spectre ; nous ne percevons pas les ultrasons, les infrarouges accessibles à d’autres espèces bien qu’ils balaient l’espace collectif, car nos conditionnements sensoriels et le bout de nos lorgnettes ne permettent de déceler qu’une infime partie du vivant.

La vue renseigne, mais elle trompe aussi, car nos angles d’approche tronquent les représentations qui, pour être justes, doivent être globales. La vision d’un aigle offre un tableau panoramique qui embrasse toutes les dimensions d’une situation ; il reconnaît chaque détail dans sa place et son fonctionnement au cœur d’un ensemble. Seule cette optique permet de gouverner véritablement nos existences ; à défaut, nous naviguons à vue vers un horizon plus ou moins dégagé sans pouvoir nous inscrire dans une communauté d’intérêts au service des entités plus grandes desquelles nous dépendons.

Tours de piste, tours de sphère, tours de vie nous invitent à considérer l’ensemble avant de fixer le point, si nous voulons comprendre le sens de nos actions-réactions-intentions et faire en sorte qu’elles n’échappent pas au contexte dans lequel nous évoluons et ne s’en désolidarisent pas.
L’aigle, selon la hauteur de son vol, voit plus loin, plus large, plus grand, mais il ne perd pas de vue le détail. Il est capable de le rejoindre à grande vitesse en le fixant tout en le situant dans le paysage qu’il surveillait du haut de son envolée.

À nous de nous élever dans les éthers de la manifestation, pour entrevoir l’articulation des multiples éléments parsemant le champ matriciel qui les contient et leur donne sens. C’est ainsi que nous comprenons l’Unité des systèmes dans lesquels nous baignons et que nous discernons sur le plan terrestre, les liens qui nous lient à l’ensemble. Nous ne pouvons plus alors les traiter d’un point de vue séparé. Le détail tue la vue d’ensemble s’il cherche à exister pour lui-même, et cette mort n’a rien de salutaire. Elle enferme dans les geôles du particulier qui, en ne voyant pas plus loin que la pointe de son nez, achoppe à tout instant sur l’inessentiel.
Ce travers est courant dans la communauté humaine. Quiconque pense louable de se détacher du collectif pour s’atteler à sa propre partition, se leurre et contribue à faire croître la dysharmonie en rompant une solidarité fondamentale qu’il n’a pas reconnue.

Reconnaître notre appartenance au tout conduit à nous engager pour ce tout au mépris des attirances ou des répulsions personnelles. Il ne s’agit pas de suivre de façon grégaire le mouvement, mais de comprendre ce mouvement, de s’y inscrire à la mesure de nos potentiels pour offrir notre regard à la révélation du tableau d’ensemble.
Voir et comprendre toujours plus loin, toujours plus grand, toujours ensemble.

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