L’ignorance n’est pas ce qu’on croit
L’ignorance n’est pas ce que l’on croit. Elle n’est pas ce que celles et ceux qui pensent savoir définissent comme une absence de connaissances. Non ! L’ignorance au-delà des critères habituels de l’apparence et de la culture, n’est pas « ne pas savoir », mais croire que l’on sait et écouter ce qui se dit à travers le seul filtre d’un « je sais » qui rend sourd à l’inédit.
L’ignorance est donc un handicap qui coupe de toute découverte située hors du champ de nos mémoires individuelle ou collective. Et c’est ce stockage des données, et leur traitement intelligent qui trompe, car même en récitant des pans entiers de l’Encyclopédia Universalis, nous restons ignorants de ce qui est en passe de se révéler.
Quiconque s’enorgueillit d’un savoir s’isole dans une tour de certitude et se détourne d’une Connaissance qui à chaque instant s’actualise en délaissant les conceptions surannées pour concevoir un présent qui revisite perpétuellement ce que peut être demain
Pour quitter les geôles de l’ignorance il suffit d’écouter, d’entendre, d’accueillir afin de pressentir au cœur de ce que l’on ne sait pas, ce qui bruite, ce qui vient surprendre, ouvre les écoutilles et les fenêtres de la conscience.
L’ignorance, c’est l’orgueil du sachant, fier d’un savoir qui cantonne à l’hier et barre l’horizon de la connaissance au point d’oublier que ce qu’il convient d’apprendre est devant et non derrière nous.
Elle est une chape d’illusions qui enferme sans qu’on le réalise ; elle est une prison qui étreint quiconque n’écoute, ne lit et n’entend que ce qui correspond à ses théories, à ses convictions à ses imprégnations multiples, conscientes, inconscientes et invisibles.
Conditionnés par des algorithmes intérieurs qui délimitent la nature de nos intérêts, nous reconnaissons ce qui nous ressemble. Une conférence, un livre, une conversation nous parle quand elle vibre au diapason de ce que l’on sait, quand elle confirme ce que l’on soupçonnait ; à défaut nous rejetons souvent ce qui est dit, le critiquant depuis nos points de vue de sachants, ne sachant pas qu’ils sont ignorants ! Et c’est ainsi que nous donnons dans un sempiternel même !
Chaque fois qu’on lit un livre, qu’on écoute ou qu’on regarde un autre uniquement à partir de ce que l’on sait, on conforte nos acquis et on se coupe de tout ce qu’on ne sait pas ; c’est ainsi que nous nourrissons l’ignorance en croyant cultiver et approfondir une connaissance.
Et force est de constater que nous alimentons souvent cette ignorance ; force est de constater que ce qui nous plaît dans un écrit est ce qui vient étayer ce que l’on savait déjà, que ce qui nous attire dans tout savoir c’est ce qui entre en syntonie avec ce que nous sommes. Normal, c’est confortable !
Or, sortir de l’ignorance demande d’élargir nos champs de références, pour ouvrir nos champs de conscience à ce que l’on ne sait pas encore, à ce qui pourrait remettre en cause notre façon de voir le monde. C’est parfois difficile et éprouvant, mais ce n’est qu’ainsi que nous découvrons de nouveaux rivages sur lesquels construire un avenir différent du passé.
Et cela est possible à tout instant ; inutile donc de s’en priver !