Longueur d’ondes
Il y a la communication marketing qui cherche à vendre du rêve ; la communication de propagande, cousine germaine de la précédente ; la communication mensongère qui travestit le faux sous des masques d’authenticité désarmante ; la communication perverse qui incite à se sentir libre tout en laissant suinter les opprobres susceptibles d’atteindre celles et ceux qui s’écarteraient du droit chemin.
Mais il y a aussi la communication utile, la communication inutile, la communication intime, essentielle, parfois même silencieuse ; la communication télépathique qui peut témoigner d’une étonnante perspicacité ou d’une illusion si trompeuse qu’elle prend des airs de vérité absolue. Bref, dès qu’un être est vivant, la communication entre en scène.
Communiquer, au fond, c’est transmettre une information depuis un point d’émission vers une zone de réception potentielle. Cela passe par des mots, des gestes, des images, des émotions, des réseaux visibles ou invisibles. Nous sommes tous branchés sur cette immense toile vibratoire, comme des téléphones qui captent des messages sans toujours savoir qui appelle.
Pris dans les courants de la circulation informationnelle, nous devenons des athanors vivants où se composent, se transforment et se condensent des synthèses énergétiques que nous diffusons ensuite presque à notre insu. Saturés de flux continus de messages publics, privés, visibles ou souterrains, nous sommes des relais ambulants, des bornes Wi-Fi émotionnelles ouvertes à tous les vents.
À travers les strates mentales, affectives, physiques, et jusque dans les zones plus subtiles de l’être, chacun émet ce qui l’habite, bien souvent sans même en avoir conscience. Nous colportons des états, des tensions, des récits, des impulsions ; nous devenons les vecteurs involontaires de climats intérieurs qui débordent largement notre seule personne.
Rien de grave si ce qui circule contribue à nourrir l’intelligence collective et le bien commun. Mais le phénomène devient plus pernicieux lorsque nous nous contentons d’être la caisse de résonance d’opinions mal digérées, d’affects contaminés, d’intentions biaisées ou hostiles. Tout relais a le pouvoir d’amplifier ce qu’il transmet, y compris lorsqu’il ignore la véritable nature du signal qu’il reçoit.
Ce n’est pas forcément inquiétant si ce que nous relayons aiguise le discernement et incite à cultiver la bienveillance. À l’inverse, c’est plus préoccupant lorsque nous propageons des peurs, des préjugés ou des pensées mal comprises sans réaliser que nous contribuons ainsi, à la pollution psychique du monde. Une idée toxique fonctionne comme une rengaine publicitaire que l’on se surprend à fredonner sans l’avoir désiré.
Dans cet univers saturé d’informations, tout se partage. Nous rayonnons sans cesse ce que nous sommes ; même en silence, les pensées, les émotions et les images laissent une trace, visible ou plus subtile, mais toujours bien réelle dans le champ communicationnel.
Le savoir oblige. Il appelle à sortir du bruit des fréquences discordantes pour retrouver celles qui alimentent des relations plus justes. Apprendre à reconnaître les vibrations que nous émettons comme celles que nous recevons devient alors essentiel. Car le choix de nos longueurs d’onde nous appartient.