Montre patte blanche

 In La rubrique de Frédérique

Montrer patte blanche, non pour tromper l’autre, le dévorer tout cru, ou se servir de lui sans biens et sans honneurs, mais pour ne pas souiller ; pour ne pas perturber une ambiance, un environnement, un espace de pensée et concourir à l’écriture du devenir humain.

Montrer patte vierge, patte sans fil, patte dépourvue de chaînes entravantes, patte dégagée d’a priori aliénants, aveuglants et troublants, c’est afficher sa transparence, clarifier ses mobiles, éclairer les arrière-pensées pour se débarrasser des scories inutiles, des faux-semblants, des travers et des manipulations dont on pourrait user si, sous couvert d’altruisme, nous ne servions qu’un intérêt particulier.
Pas de danger d’une telle méprise quand nos pattes sont propres et nos pensées pures ! Mais dissocier le particulier de l’ensemble, intriqués dans le visible et l’invisible, relève d’une véritable course d’orientation qui invite à explorer le pays de l’intention, dans ses contrées les plus inaccessibles.

Tels de timides explorateurs, nous partons souvent à l’assaut du balisé en remettant à demain des défrichages plus conséquents. Aucun guide du routard intérieur ne permet d’identifier les indices qui attestent à coup sûr d’un chemin d’authenticité. Les étapes, les culs-de-sac et les victoires décrites par d’autres sont autant d’histoires que nous pouvons adopter pour ne pas avoir à affronter notre propre traversée intérieure. Les leurres sont multiples, multiformes, ils savent tels les caméléons prendre les couleurs du « plus vrai que nature », et nous conduisent dans les impasses de l’individuel qui croit dur comme fer au collectif, en militant avec ardeur et véhémence pour la paix de l’ensemble.

L’aventure invite à un état des lieux, à un inventaire des bagages, à une vérification des outils pour éviter de se sentir dépourvu, ou de devoir rebrousser chemin au premier embourbement. Car au pays de l’intention, il n’est pas rare de s’enliser dans diverses attitudes qui justifient l’itinéraire emprunté par une vile adversité, soutiennent une opinion non étayée, occultent les chemins qui effraient, ou empruntent ceux qui valorisent et confortent. Dans ces territoires qui n’exigent encore aucun passeport, les masques sont inutiles, car les voiles sont tels qu’ils empêchent d’identifier clairement les réelles motivations qui orientent nos plus belles implications.

Il est plus facile de reconnaître l’intérêt particulier quand le mobile de l’action affiche sans complexe, le vouloir nuire ou le vouloir réussir sans état d’âme. Pas de face cachée à débusquer, l’objectif est clair et n’a que faire du bien commun. Mais lorsque le motif brille sous les feux de l’amour et s’emploie ostensiblement à prodiguer des bienfaits au plus grand nombre, les bénéfices secondaires sont pléthores et colorent parfois plus intensément nos élans que l’engagement désintéressé. C’est ce qu’il faut découvrir au pays de l’intention, non pour se flageller, mais pour clarifier ce qui sous-tend véritablement notre engagement.

Reconnaître que nous œuvrons plus pleinement à notre bonheur propre, lorsque nous sommes engagés dans une entreprise communautaire, n’a rien de dégradant, mais le savoir permet d’avoir les mains et les idées propres, lavées de tous mensonges et de toute usurpation d’identité.
Nous sommes des individus en chemin, et c’est à nous-mêmes qu’il convient de montrer patte blanche pour éviter de se fourvoyer en prenant nos loupiottes pour des phares.
Derrière cette transparence, le bien commun progresse, car c’est en mariant ses loupiottes que l’humanité devient phare et construit pleinement pour la communauté.
En débusquant nos loups, nous y contribuons humblement, assurément.

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