Mourir en pile ou face

 Dans La rubrique de Frédérique

 

Mourir en pile ou face ; accepter que les choses se terminent et découvrir derrière la fin le début de ce qui se propose. Mourir en pile ou face, c’est réaliser que chaque pile a son envers, que chaque face a son endroit et vice versa.
Impossible d’aborder le côté pile sans qu’immédiatement face, fasse imperceptiblement sentir sa présence ; l’un ne va pas sans l’autre, car toute fin, quelle qu’elle soit signe un passage à autre chose.
Il faut mourir à l’enfance pour entrer en l’adolescence ; mourir à l’adolescence pour accéder à l’âge adulte ; mourir à l’existence pour découvrir pleinement les mondes qui nous préexistent, mais aussi qui nous suivent. Rien ici-bas, n’est éternel et pourtant la vie à travers la ronde des naissances, des morts et les morts renaissances se donnent à voir sous l’aspect pile ou face de la manifestation, à l’endroit ou à l’envers.

Ainsi, accompagner la mort, c’est accompagner la vie ; c’est comprendre que les choses, les êtres, les situations, les rêves et les cauchemars n’ont qu’un temps et qu’après l’orage vient le beau temps, qu’après la nuit vient le jour, qu’après l’été vient l’automne et que de multiples cycles jalonnent nos passé-présent et devenir ; l’accepter permet de ne plus penser garder ad vitam aeternam une chose, un être, une situation en état. Car vouloir garder en état, c’est momifier une situation, une idée, un être ou un projet.

Tout dans notre monde évolue ; en pile, en face, en noir, en blanc et en couleurs. Tout dans notre monde a son envers et ce sont ces passages de l’endroit à l’envers, de l’envers à l’endroit, de la fin au début et des débuts à la fin qui donne à chacun l’occasion de comprendre que si la Terre tourne autour du soleil, si la lune tourne autour de la Terre, si leurs cycles passent et repassent sans jamais arrêter leur mouvement, il en est évidemment de même pour nous, habitants de la Terre.
Nous sommes pris dans de multiples cycles qui vont et viennent côté pile côté face et nous passons ainsi régulièrement du côté invisible des mondes, mais sans jamais disparaître. Le monde des formes trépasse et dans le trépas, trois petits pas nous mènent dans d’autres espaces. Une idée se meurt, une autre la remplace.

Pile ou face n’est pas une façon de tirer à la courte paille ; ce n’est pas un jeu de hasard, c’est un jeu d’indissociabilité ; un jeu où il n’y a pas de perdant et de gagnant, car il y a toujours quelque chose à gagner dès que l’on accepte de perdre ce à quoi on tenait.
Tout répond à la règle qui parle de l’un ou l’autre, qui va de l’un à l’autre dans un déroulé ou les passages entre l’envers et l’endroit s’actualisent à chaque instant, invitant chacun à faire de la bande de Moebius, une représentation du chemin.

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