Ne clouons pas au pilori tous les infâmes

 In La rubrique de Frédérique

 

Ne clouons pas au pilori tous les infâmes publics, car ce que vient dire leur infamie est là pour interroger nos valeurs. Ce qui nous choque aujourd’hui montre que nous évoluons et les violences verbales, physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques que nous dénonçons, en attestent. L’inadmissible est un chemin qui s’emprunte, tant du côté de ce que l’on ne tolère plus, que du côté de ce que l’on n’imagine pas encore.

C’est un indicateur de nos états et de nos âges de conscience.
Nos personnages publics sont sous le feu des projecteurs et leur ignominie paraît d’autant plus grande que nous les admirions ou que nous les détestions.
Mais quand nos figures de référence se révèlent pleines de failles, peu reluisantes, en proie à une bestialité ou à une vulgarité à peine pensable, ils éveillent dans l’opinion publique des émois, des réactions, des condamnations et alimentent des scandales.
Or nos ignominies potentielles, nos ignominies pensées, même quand elles ne sont pas agies, ni même énoncées, vibrent parfois sur des notes semblables et colorent le climat ambiant des mêmes vibrations polluantes.

C’est quand l’insupportable nous saute à la figure que nous réalisons que nous évoluons.
Ne clouons pas au pilori l’autre, les autres, quels qu’ils soient ; ils nous permettent de conscientiser ce que nous considérons comme acceptable et ce qui ne l’est pas.
Le chemin de la conscience et du mieux commun emprunte parfois de surprenants méandres.
Celles ou ceux qui aujourd’hui sont soumis à la vindicte populaire payent leurs actes répréhensibles, mais cela ne doit pas occulter le travail d’épuration que nous avons à mener intérieurement si nous souhaitons devenir des êtres qui jamais ne nuisent physiquement, sensiblement mentalement ou énergétiquement.

Dénoncer un système c’est reconnaître ce qui ne va plus.
Le traiter et le guérir de ce qui embolise les justes relations en reconnaissant en nous-mêmes des attitudes apparentées à ce que nous dénonçons, nous engage.
Chacun perpétue le mieux ou le moins bien selon la part active qu’il prend à la transmutation de l’intolérable.

Les monstres sacrés, comme nous, sont parfois des monstres, mais en indignant la bien-pensance, ils révèlent le souhaitable qui se propose.
Tout le monde est impacté par la dénonciation de l’horreur, quelle qu’elle soit. Mais il ne suffit pas de désavouer les coupables pour redorer le blason de nos quotidiens ; il faut aussi extirper de nous-mêmes les vibrations qui s’apparentent à ce qui nous révolte.
Tout travers, tout manquement de respect identifié, met le focus sur ce qui doit changer et invite à rectifier nos façons d’être ; quand l’inadmissible épouse l’intolérable, il convient d’instaurer et de cultiver entre tous, des rapports plus harmonieux. Et là, nous sommes tous concernés.
C’est une œuvre de salut public qui nous est proposée, mais ce n’est pas en légiférant que nous y parviendrons, c’est en balayant devant nos propres seuils d’intérêt.

Le succès du porno, la violence sous toutes ses formes qui alimente nos séries, parlent de nos fascinations ; ils trouvent preneurs, car ils nourrissent nos sombres appétits. Alors plutôt que de condamner les affreux, sales et méchants, travaillons à éradiquer en nous-mêmes toutes les graines qu’ils ont cultivées à l’excès.
Ben oui, c’est plus difficile que de se contenter de condamner nos semblables, mais c’est plus judicieux si nous voulons construire ensemble un monde plus juste et plus aimant.

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