Ne te raconte pas d’histoires
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Ne te raconte pas d’histoires, car pour exister au sein de la grande histoire, mieux vaut ne pas se prendre pour ce que l’on n’est pas. Ne te raconte pas d’histoires, car à te prendre pour ce que tu n’es pas, tu passes à côté de la voie qui mène à qui tu es.
À te prendre pour plus, tu t’aveugles d’orgueil. À te prendre pour moins, tu procrastines en victime qui n’en a pas l’air, en victime si humble qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Sans plus et sans moins, ne te raconte pas d’histoires.
Mais quand les histoires que l’on se raconte restent inconscientes, difficile de ne pas se prendre pour ce que l’on n’est pas. Tant que l’on s’imagine être le fruit des circonstances, il est mal aisé de saisir les opportunités pour grandir en conscience. Tant qu’on se prend pour ce qu’on n’est pas, on court après ce qui n’existe pas, on court après ce que l’on s’imagine être un plus qui pourrait satisfaire ce que l’on n’est pas, alors qu’en réalité ce que l’on n’est pas est juste une panoplie que le moi a endossé pour se rendre intéressant. Et ça, même quand on se juge inintéressant ; car se juger inintéressant, se considérer comme moins que rien, c’est aussi se prendre pour ce que l’on n’est pas.
Car nul n’est moins que rien. Rien n’existe pas, si ce n’est pour évoquer l’absence de quelque chose ; or l’absence de quelque chose ce n’est pas rien ; c’est même parfois un gouffre dans lequel on se perd comme s’il n’y avait pas plus important que de se prendre pour un rien.
Donc, ne te raconte pas d’histoires ; t’es pas rien, t’es pas tout, t’es juste un petit quelque chose qui croit avoir des galons ou ne s’en croit pas digne, mais dans un cas comme dans l’autre, les galons c’est pas ce que tu crois, c’est de la poudre aux yeux, c’est du paraître qui laisse croire qu’on a mieux réussi que d’autres, comme si la réussite n’avait qu’un seul visage.
Ne te prends pas pour ce que tu n’es pas, ne te crois pas arrivé, mais ne te crois pas non plus incapable, car si c’est la meilleure façon de ne pas se croire arrivé, c’est aussi la meilleure façon de ne pas avancer. Et ne pas avancer pour ne pas se croire arrivé, c’est un mauvais calcul ; c’est oublier l’ensemble dans lequel tu existes, car nous vivons dans des ensembles pleins d’inclusions, pleins d’exclusions, qui tous prennent place dans un vaste champ qui les englobe. Donc si tu n’es pas encore arrivé à concevoir l’ensemble dans son entier, faut pas non plus t’imaginer hors champ.
Ne pas se prendre pour ce qu’on n’est pas, c’est en fait reconnaître que nous sommes simplement un, parmi d’autres, avec un rôle spécifique à tenir, différent de celui de nos voisins, de celui de nos pères, de nos mères, de nos fils ou de nos frères, de quiconque. Ne te prends pas pour ce que tu n’es pas, mais cherche en toi, pars à la rencontre de ce que tu es, de ce à quoi la vie te destine, de ce à quoi l’âme t’invite.
C’est pas plus compliqué que ça, faut juste ne pas se prendre pour ce qu’on n’est pas.
Bonne rentrée !