Original ou originel ?

 Dans La rubrique de Frédérique

 

Entre original et originel, une seule lettre change. Le A de l’apparence est remplacé par le E de l’essence. Et c’est dans ce passage du A au E, dans cette substitution d’une voyelle par une autre que s’ouvre le chemin qui mène de la forme à l’origine. Car l’original c’est ce que l’on voit. Il peut fasciner, surprendre, irriter, parfois même paraître farfelu. Mais derrière ce qu’il montre, il y a toujours quelque chose à aller chercher.

L’original d’un manuscrit est le premier ; certes, mais l’originel de ce même manuscrit réside en amont de la pensée de son auteur. Et même si cet auteur paraît original, ce qu’il donne à voir ne révèle jamais totalement ce qui l’anime en profondeur.
Ainsi en est-il de toute chose.

Nous nous arrêtons spontanément à ce qui apparaît. Nous réagissons aux événements, aux comportements, aux paroles, aux situations. Les faits nous semblent primordiaux, alors qu’ils ne sont que des fins de parcours, l’aboutissement visible de processus qui souvent nous échappent. Nous regardons le A et nous croyons comprendre, alors qu’il faut apprendre à déceler le E. Car quand l’original nous montre, l’originel nous appelle de façon quasi inaudible, invitant à suspendre nos réactions, à mettre nos sens habituels en pause afin d’écouter autrement ce qui se murmure.

L’originel invite à accueillir le sens caché des mots, des événements et des situations. Il apprend à traduire ce qui se manifeste pour tenter de retrouver au-delà de la forme, l’essence qui s’y dessine en filigrane. Pour cela, relativiser l’importance que nous accordons au formel, à ce qui se voit, à ce qui frappe, à ce qui attire ou dérange est indispensable, car le poids donné à l’original englue notre manière d’appréhender le monde. Et lorsque nous découvrons que la lecture d’une situation peut dépendre d’une simple voyelle, nous réalisons que nos appréciations sont bien peu de choses… et que le poids que nous leur attribuons donne facilement dans la démesure.

C’est pourtant là que le travail commence, car il ne s’agit pas de nier le A, mais d’apprendre à passer du A au E. Comment la chose s’inscrit-elle dans la situation ? D’où vient-elle ? Que manifeste-t-elle ? Pourquoi est-elle là ? Et c’est dans ce pourquoi de l’origine que se trouve la véritable réponse, pas dans le simple pourquoi de l’existence.

Cet entraînement mental vise à nous transformer en athlètes de la vie intérieure, exercés à percevoir, derrière les voiles du formel, l’être en manifestation sous ses multiples formes. Alors, entre original et originel, il n’y a pas à choisir, mais à découvrir le chemin qui va de l’un à l’autre. Du A au E. De l’apparence à l’essence. De ce qui se montre à ce qui aspire à être compris. De la forme à son origine.
Et si, pour certains, le A évoque autre chose « qu’apparaître » et le E s’éloigne de « l’essence », cela ne fait au fond que confirmer une chose, tout est toujours une question de point de vue.

Bonne balade.

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