Paroles de lettres

 In La rubrique de Frédérique

Entre service et sévice, un petit accent vient remplacer le r, l’air de rien. Et c’est ainsi que le bien qui cherchait à se dire se transforme en rapport douteux, tant l’accent se met en quête de pouvoir pour asseoir une autorité ou l’illusion d’une importance.
À une lettre près, nous plongeons dans le monde de l’horreur, un mot rempli de r qui ne nous fait pas honneur. En substituant au r, un accent, nous insistons sur ce qui manque et pointons sans le dire la nécessité du r de la reconnaissance afin de n’être point dans la méconnaissance… Car les sévices s’appliquent quand l’autre est méconnu ; ce ni vu, ni connu qui permet de le traiter comme un jouet avec lequel interagir sans souci de ce qu’il est.

Ainsi le service qui oublie de s’intéresser véritablement au pôle à qui il s’adresse, pour le découvrir, comprendre son essentialité et le lien profond qui révèle l’un à l’autre devient « service commandant » qui sous couvert de bonnes intentions impose des diktats et suppose évidemment d’avoir raison.
Or, quand la raison s’applique de façon mécanique, quand elle assure sans douter un seul instant de son bien fondé, elle impose sans reconnaître ce qui n’est pas dans son contexte de compréhension.
Or toute raison coupée de l’art majeur du comprendre, court le risque du fanatisme ; l’air de rien, le service peut alors glisser vers la domination et son cortège d’attitudes associées qui parfois se font sévices.

Ces pouvoirs appliqués cherchent également à unir, mais toute union qui cherche à transformer l’autre jusqu’à sa négation, est violence, maltraitance. Sous couvert d’unir ou d’uniformiser, l’autre est convoqué à adopter ce que des serviteurs considèrent devoir être… Tyrannie de l’amour.
En obligeant l’autre à accepter nos conceptions pour mieux les valider et les étendre, le service fait œuvre d’uniformité mortifère ; il travaille alors pour lui-même, cherche à se rassurer en élevant les murs des prisons de ses représentations et tente d’y enfermer ceux qu’il se glorifie d’aider.

Le service sans le r de reconnaissance devient alors porteur de guerres. Comme l’horreur, la guerre rafle des r et cherche à faire oublier l’absence de celui qui initie la reconnaissance.
En apprenant à mettre l’accent sur ce qui manque dans le monde, nous nous attachons en toutes circonstances à reconnaître la beauté et l’amour qui cherche à se dire derrière les propositions multiples du quotidien ; alors l’air de rien nous ferons croître la raison d’aimer plutôt que celle de « qui se croit plus fort. »

Nous avons toujours tort de croire que notre raison est meilleure que celle de notre voisin. Reconnaître nos raisons comme de simples points de vue conduisant chacun à la reconnaissance de notre raison d’être commune permet à tous de trouver ou de retrouver le sens du service.
Essentiel, ce r de la reconnaissance, quand l’accent le souligne, mais ne le remplace pas.
Des paroles de lettres aux paroles de l’être, nous inscrivons ainsi l’histoire de notre humanité, reconnue, assumée et joyeusement solidaire.

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