Peine perdue ?

 Dans La rubrique de Frédérique

 

Peine perdue, peine perdue…
Eh bien non. Aucune peine n’est jamais perdue, à moins de ne pas savoir pourquoi et comment nous habitons le monde.
Peine du travail physique qui même lorsqu’il est inefficace, engage à corriger l’action.
Peine qui vient dire que nous sommes touchés émotionnellement et invite à découvrir et à chercher le sens de ce à quoi nous avons été sensibles.
Peine à comprendre ce qui ne nous est pas coutumier, signe que nous sortons de l’habituel pour nous ouvrir à un nouveau champ d’exploration.

Aucune peine n’est jamais perdue, car toutes sont l’occasion d’apprendre sur nous-mêmes, sur les autres, sur le monde ; et c’est ainsi que nous progressons sur le chemin du discernement. C’est ainsi que nous dépassons les limites de certains conditionnements pour nous ouvrir, en inscrivant nos peines dans un vaste chantier de construction de l’avenir.

Peines et peurs indiquent les endroits où nous pouvons nous transformer, nous ajuster, nous mettre au diapason de ce qui cherche à s’exprimer à travers elles. Mais si nous nous arrêtons à leurs effets immédiats, sans comprendre la dynamique dans laquelle elles s’inscrivent, nous risquons de rester bloqués, sans jamais les dépasser.
Les peines ne sont pas perdues, elles ne sont pas là pour nous enfermer, mais pour être comprises et transmutées afin d’aller vers plus de liberté.

Peines et peurs sont des retours sur soi qui alimentent notre dramaturgie personnelle. Ce ne sont pas des freins, mais des bornes sur le chemin. Les franchir prouve qu’on avance. Elles sont là pour nous apprendre à les relativiser. À défaut, nous les voyons à l’œuvre sans saisir qu’il est possible d’aller au-delà pour sortir des conditionnements qui les ont fait naître. Il ne s’agit plus alors de « peine perdue », mais de peine tremplin vers un avenir plus ouvert, plus dégagé du personnel.

Ainsi, notre compréhension du monde change. Ce n’est plus peine perdue que d’œuvrer à son amélioration, mais peine à l’œuvre pour transformer ce qui peut l’être en nous et autour de nous. Pas facile de perdre l’habitude d’être en peine pour être en passe de parvenir. Mais c’est dans ce passage entre l’attachement à la peine qu’on laisse derrière soi et le but qui se dessine que nous progressons individuellement et collectivement.

Pas de peine perdue donc, mais toujours l’occasion de cheminer avec un regard renouvelé sur le monde, notre monde individuel et collectif pour n’être plus à la peine, mais en passe de choisir le meilleur, celui qui permettra au plus grand nombre de participer à l’embellissement du monde.
Car c’est à cela qu’il faut prendre peine pour que demain soit plus accueillant qu’aujourd’hui, pour porter la paix et la réalisation de tous, au détriment d’aucun.
Et ça, ça vaut la peine. Oui… ça vaut la peine.

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