Rien n’est insurmontable

 Dans La rubrique de Frédérique

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Rien n’est insurmontable, rien n’est insurmontable … Facile à dire !
Oui et facile à vivre aussi, si on ne prend pas les mots au pied de la lettre, si on ne les enferme pas dans le cadre étroit de nos conceptions nombrilistes. Évidemment quand on ne s’attache qu’au formel, quand on ne lit le monde qu’à travers une logique comptable et matérielle, ce rien n’est insurmontable paraît être un déni de réalité.
Mais qu’est-ce que la réalité ?

Voilà une question qui interroge notre lecture du monde et la façon de considérer ce qui nous arrive. C’est insurmontable pour un individu de déplacer un rocher d’une tonne, mais ça l’invite à se servir de son intelligence et de son à propos pour considérer la situation, voire ce qu’elle a d’enseignant et comprendre les opportunités d’ouverture qu’elle propose, pour soi-même, pour les autres, pour la communauté, même si la difficulté du présent semble indépassable.

Croire à l’insurmontable, c’est se figer dans un arrêt sur image, c’est se couper d’un avenir vers lequel s’engager en tant qu’acteur responsable, en attendant des autres qu’ils oublient leur jeu pour s’occuper du nôtre. L’insurmontable devient insupportable quand on ne cherche plus à penser, à agir, quand on se réfugie dans le subir, l’attente et la plainte.
Dans cette passivité cultivée à l’excès, parfois l’individu s’enferme en rendant l’autre coupable de son mal-être. Il le convoque par une revendication manifeste ou larvée à lui venir en aide. Il demande une solution, désire être nourri, rasséréné ; il attend une injection d’espoir qui viendrait à bout de ses inévitables maux.

Cette attitude est celle de l’enfance de la conscience. Tant qu’on imagine qu’un autre détient pour nous une solution, tant que le mal-être qui nous traverse n’a pas son pareil, que nous sommes seuls à porter notre croix, tant que d’une certaine façon, on convoque l’autre à nous soutenir, à nous secourir, on reste prisonniers de nos attentes. On s’enferme allégrement dans un bain où se mêlent peurs, anxiété, rancune, rancœur, tristesse, colère et envie d’en finir, pour qu’un autre enfin comprenne que ce qui nous arrive est plus grave que le grave. Car rien n’est plus intense que la douleur du personnel qui s’ingénie à montrer son intensité pour signifier qu’en dehors d’elle, plus rien n’existe.

C’est insurmontable ; mais l’insurmontable c’est quoi ? Ça sert à quoi ? Ça sert à qui ?
Le nombre de fois où l’impression de ne pas pouvoir y arriver nous a traversés est pléthorique et pourtant…

L’adversité, la peur de l’échec, la panne d’idéal, l’adhésion aveugle à une situation qui nous empêchent de changer de point de vue ne sont qu’occasions de se positionner autrement pour ne pas reproduire sempiternellement les mêmes erreurs.
Et si un rocher nous barre la route, lançons-nous dans l’escalade et prenons quelque altitude pour découvrir autrement le paysage. Rien n’est insurmontable du point de vue de la conscience.
C’est la leçon que permettent d’apprendre nos limitations passagères.

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