Supérieur ? Pas vraiment !
Il faut être sérieux sans se prendre au sérieux, engagé, tout en ne prenant pas parti, humble en donnant toujours le meilleur de soi-même pour ne pas sombrer dans une modestie feinte ou dans une retenue alibi qui justifierait de ne pas donner plus que ce que nous donnons.
Pas simple ce juste milieu qui n’en est pas un, puisqu’il est un point changeant à chaque instant, se déplaçant en permanence pour ne pas verser vers un « plus » qui serait trop ou un « moins » qui ne serait pas assez.
À chaque pas, l’opportunité d’un ajustement ; l’occasion d’un nouvel équilibre à trouver pour ne pas risquer l’enlisement dans une compréhension qui se croirait pérenne et nourrirait un orgueil de sachant qui inhibe toute progression. Car l’orgueil est un mal qui guette quiconque s’affiche en supérieur, même si ce n’est que dans son for intérieur.
L’orgueil c’est cet état de supériorité auquel on adhère tant il conforte une autosatisfaction dans laquelle on s’enferme, en jetant alentour un regard sans concessions sur les autres et leurs limites. C’est une façon de se croire au-dessus ; mais il n’est pas utile de faire le paon, le « m’as-tu vu », le « je sais tout » pour donner à l’orgueil ses lettres de toute-puissance, non ! L’orgueil à ceci d’insidieux qu’il se loge dans les dessous du paraître
Celui qui se compare fait preuve d’orgueil. En plus, il se prend pour ce qu’il n’est pas. En moins, il prend l’autre pour ce qu’il n’est pas Et en plus et en moins, il accorde une importance démesurée à son point de vue, délivrant les plus et les moins selon des critères qui lui sont propres, mais qu’il juge universels.
L’orgueil s’installe comme un système de valeurs morales qui passe au crible les autres et les situations. Il est toujours l’émanation d’un individu ou d’un groupe, convaincu d’être seul à penser juste. Car l’orgueilleux est toujours persuadé d’avoir raison ; c’est la nature même de l’orgueil que de laisser croire qu’on a raison ; que de se croire suréminent sur un plan ou sur un autre. Et ce petit plus auquel il croit, pousse imperceptiblement vers le mépris.
Eh oui, l’orgueil est frère siamois du mépris, ce jugement rabaissant sur l’autre qui n’existe que si l’on se pense supérieur. L’orgueil pousse aussi ne pas accepter qu’un autre puisse occuper une place que l’on convoite, même lorsqu’on la convoite de façon muette et secrète. Il incite à ne pas reconnaître la valeur d’un autre en position de leader, conjecturant évidemment qu’on ferait mieux.
L’orgueil c’est ainsi une façon de vivre en censeur, y compris quand on se tait, car il est avant tout un état intérieur qui souvent ne transparaît pas.
En soi, l’orgueil ne serait pas un problème s’il n’était l’expression d’un mur invisible qui se dresse entre les individus, et les coupe de toute rencontre véritable. Ce ne serait pas un problème s’il n’était pas un rempart à l’amour et une sacrée manière de se prendre pour ce que l’on n’est pas.
L’orgueil est toujours dommageable pour l’ensemble !