T’es miro !

 In La rubrique de Frédérique

 

Nul ne peut voir au-delà de ce que sa vision propose.
Nul ne peut voir au-delà de ce que sa vision lui impose.
Nul ne peut donc voir au-delà de ce que sa conscience dévoile, et nos projets individuels ou collectifs s’inscrivent tous dans un champ de vision qui détermine l’espace de nos compréhensions.
Au-delà, t’es miro ! Mais en deçà, t’as toute latitude pour développer ce qui te semble essentiel.

Si l’essentiel c’est d’être le premier, t’as tout le loisir de t’y consacrer ! Pas sûr que tu y parviennes, mais sûr que ça va t’occuper. Si l’essentiel c’est de ne pas être dérangé, c’est un peu moins contraignant, mais cela reste un emploi à plein temps.
L’essentiel a un petit côté universel, car il peut être mis à toutes les sauces.
Il est essentiel de satisfaire ses besoins réels ou superflus, dès qu’on les habille d’absolu. Il est essentiel de combler ses désirs si l’on ne veut pas être en proie à la permanence du manque. Il est essentiel de savoir, pour trouver des repères dans nos océans d’ignorance. Il est essentiel de se penser immortel pour conjurer la mort ou donner sens à la vie. Bref, il est essentiel de… essentiel de quelque chose, mais dans cette kyrielle d’essentiel où se trouve vraiment l’Essentiel ?
Eh bien partout ! c’est là son universalité.
Mais aussi quelque part, c’est là sa spécificité.

Quand l’essentiel consiste à se servir, il vient dire quelque chose de nous, quelque chose du monde, quelque chose au monde, en offrant de lui un tableau qui va finir par inquiéter, car à ne penser le monde que pour soi-même on le transforme en champ de ruines.
Quand l’essentiel invite à servir, il incite à penser groupe, à penser ensemble, et il exige alors quelques sacrifices du particulier.

Entre les deux, faut pas être miro si l’on veut se situer et ne pas prendre des vessies pour des lanternes, si l’on veut accommoder au mieux sa vision et ne pas grossir le mirage de la bonne volonté qui pense travailler pour l’ensemble, alors qu’elle s’emploie à valoriser le particulier qui se met au service d’un ensemble pour justifier son être au monde.

Difficile d’être clairvoyant pour soi-même. Difficile, tant qu’on n’est pas pleinement impersonnel, d’avoir des intentions qui servent réellement la conscience d’ensemble. Inévitablement, nous en recueillons des bénéfices et nous agissons essentiellement au nom de ces bénéfices, fussent-ils socialement appréciés ; et c’est quand ils sont le plus socialement appréciés qu’il devient difficile de s’en détacher et de comprendre que nos intentions servent avant tout la dimension individuelle de notre ego.
Le groupe est alors un alibi pour justifier de ne pas s’offrir à plus grand que nous.
Suffit de le savoir, pour rectifier le tir, si c’est là l’essentiel. On n’est pas condamné à être miro.
Ça, c’est la bonne nouvelle du jour !

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