Tintamarre

 In La rubrique de Frédérique

Quand l’air est triste, l’envie molle, et le courage discret, pas facile de se lever et d’affronter un quotidien aux allures « d’à quoi bon », « ça me dit rien », « j’ai peur », ou « je ne veux pas ». Quand l’élan appuie sur la pédale de frein et que la paralysie s’installe, le « y’en a marre » prend la barre pour nous conduire droit dans le mur de l’apitoiement sur soi, du refus d’avancer ou invite à dépasser cet enlisement qui, sous allure pérenne, n’est cependant que passager.

Les « y’en a marre », « on se fait la malle », font la part belle au ras le bol, histoire de ne pas trop bouleverser l’équilibre d’un « c’est pas ça » qui pourrait exiger plus d’engagement et de ténacité. Quand certains se marrent, d’autres en ont marre et c’est ainsi qu’à travers les mêmes mots, pris dans des contextes différents, conjugués à la première personne du singulier dans des situations particulières, la vie régale ou écœure afin de donner à tous, l’occasion de discerner l’essentiel de ce qui ne l’est pas, et incite chacun à choisir ce qui, à tort ou à raison, paraît le plus approprié.

Certains optent pour le mieux, d’autres pour le pire, mais quoi qu’il en soit, il arrive toujours un jour où tous sont forcés d’abandonner plaisir ou déplaisir. Alors toute appréciation égotiste déconnectée de l’ensemble finit par se dévitaliser au grand dam de l’importance personnelle.
Entre oui et non, encore et merci, maintenant ou plus tard, le quotidien est une pente douce où abrupte sur laquelle nous slalomons allègrement, sans toujours nous y élancer avec félicité. Parmi les êtres qui s’appellent humains, les heureux comme les blasés nageant dans le flux et le reflux de forces et de passions imposent la couleur de ce qui va suivre.
Ainsi, à chaque inspir, une prise d’air teinté de devenir, d’adhésion ou de rejet qui, dans le suspens furtif de l’instant, affecte la qualité de l’expir qui donnera au monde alentour, son air de fête ou de défaite.

La joie de vivre dépend d’un état d’être qui propose d’être là pleinement présent en regardant le monde dans ce qu’il recèle de meilleur, pour le révéler en le détachant de sa coque aliénante. Cela oblige à voir loin, à prendre part à cette quête qui engage et exige de ne pas sombrer dans la facilité de « l’être là, tout en n’y étant pas » ; cela demande de renoncer à la plainte pour dévaler la pente de l’existence, malgré ses dangers, ses déboires, à l’affût du contentement qu’elle propose.

« Être ou ne pas être » est un slalom éprouvant, car Être se conjugue, se qualifie et s’habille alternativement de majuscules ou de minuscules ; entre être plein de bonnes intentions, être vil ou sage, sérieux ou drôle, vif ou lent, confiant ou peureux, paraître et être Soi, une échelle de possibles à détecter, à adapter, à bien jauger pour poursuivre la route du fil de la présence et oser rire de tous les ras le bol qui jalonnent régulièrement le chemin.
Croire à nos maux sans trop y croire, pour s’en dégager et s’engager à tenir la note la plus pure sans tintamarre, une voie de salut, une invitation automnale, ou un tour de passe-passe ?
Allez savoir ou allez-y voir, c’est selon !

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