Toucher le fond et sauter le pas

 Dans La rubrique de Frédérique

 

Toucher le fond et sauter le pas. Drôle de titre ! De quel fond parle-t-il ? Quel pas sauter et pour aller où ?
Car enfin, toucher le fond suppose qu’il y a un fond. Mais lequel ? Celui de l’essentiel, ce socle discret qui soutient notre existence et nous rappelle que nous faisons partie d’un tout qui nous dépasse ? Celui des tréfonds de nos désirs contrariés, de nos peurs bien entretenues et de ce petit personnage intérieur qui répète sans cesse : « Moi d’abord, et si possible moi tout seul » ?

Dans le langage courant, toucher le fond évoque souvent le pire. On imagine immédiatement quelqu’un assis au fond d’un trou, contemplant son malheur comme d’autres contemplent un coucher de soleil. Pourtant, toucher le fond n’est pas forcément une catastrophe. C’est parfois simplement atteindre une limite. Et les limites ont une qualité remarquable, elles obligent à arrêter de tourner en rond. Car rester éternellement au fond n’est pas une option. D’abord parce que c’est inconfortable. Ensuite parce que la vie a une fâcheuse tendance à continuer malgré nous. Même lorsque nous nous persuadons qu’il n’y a plus d’issue, quelque chose cherche encore à avancer. L’existence n’est pas très douée pour l’immobilité durable.

Toucher le fond d’un problème, par exemple, n’a rien à voir avec sombrer. C’est au contraire le comprendre dans toute son ampleur. C’est regarder ce qui se passe sans détourner les yeux. C’est identifier les mécanismes, les causes, les conséquences. Bref, c’est arrêter de repeindre les fissures pour aller voir ce qui se passe dans les fondations.
Et puis il y a la question de la forme et du fond. La forme est partout, dans nos discours, nos postures, nos émotions du jour, nos indignations du moment. Elle occupe l’espace, le temps et fait souvent beaucoup de bruit. Le fond lui, travaille discrètement. Il avance masqué. Il agit en coulisses pendant que la forme monopolise les projecteurs.

Alors à quel fond répondons-nous réellement ? Quels sont les fondamentaux qui nourrissent nos pensées, nos désirs, nos comportements ? Quels sont aussi les vieux scénarios intérieurs qui nous maintiennent enfermés dans les mêmes impasses avec une constance admirable ? Car il faut reconnaître à l’être humain un talent certain, celui de reproduire les mêmes erreurs tout en espérant des résultats différents.

Pourtant, derrière ces répétitions, quelque chose cherche à se dire. Quelque chose de plus essentiel, de plus profond. Une sorte de boussole intérieure qui ne crie jamais, mais qui insiste patiemment.
Toucher le fond devient alors une expérience inattendue. Non pas un échec, mais une rencontre. Une rencontre avec ce qui nous constitue vraiment. Car rien n’existe sans fondement. Rien ne tient debout sans une toile de fond qui lui donne sens et direction.

Alors oui, touchons le fond. Mais pas pour y planter une tente ni pour y demander un abonnement à vie. Touchons-le pour comprendre ce qui nous porte. Pour retrouver l’essentiel sous les couches d’agitation, d’inquiétude et d’apparence.
Et si un jour vous avez l’impression d’avoir touché le fond, souvenez-vous d’une chose, c’est souvent à partir de là que l’on découvre qu’il restait encore assez d’élan pour sauter le pas.

Contactez-nous

Vous pouvez nous envoyer un e-mail et nous vous répondrons dans les plus brefs délais.

Commencez à taper et appuyez sur Entrée pour rechercher.