Tous égaux sans ego

 In La rubrique de Frédérique

L’égalité fait peur ; certains la réclament à cor et à cri quand d’autres la redoutent, car ils pressentent derrière son attrait parfois égoïste, un vent d’uniformité susceptible d’abraser différences et spécificités.
L’égalité prend alors le masque du nivellement et de la justification. Elle invite chacun à écrire son histoire dans le cadre d’une feuille de route, en adaptant ses marges, ses interlignes pour être lu sans façon et correspondre à un modèle qui serait le même pour tous. Passée au crible des normes du pareil, l’égalité devient formatage et n’est plus sœur de liberté mais uniformisation sans âme. Ce calibrage s’il existait, ferait de nous des entités robotisées voire lobotomisées, répondant à la devise : « Tous égaux sans ego » et transformerait l’égalité en légalité totalitaire. Loin de sublimer l’intégralité de nos potentiels, elle les réduirait à un dénominateur commun capable d’assassiner l’original. Là, il y aurait fausse route, risque d’étouffement de tout inédit et tentation liberticide. Mais, nous n’en sommes pas là, fort heureusement.

L’égalité fait peur quand elle s’apparente à un arasement qui veille à ce que nul ne dépasse des rangs, quand l’obéissance aux normes devient le maître mot, le maître-penseur, le mètre ruban qui nous entoure et coupe tous les fils qui risqueraient de dépasser d’un ourlet bien tracé. Mais l’égalité témoigne aussi d’une légalité non létale quand elle exprime la loi du juste et non celle du justifié. Le juste est vivant, évolutif, il revisite ses conventions et accommode ses perceptions à mesure que s’ouvrent d’autres champs de compréhension. À l’inverse, le justifié chosifie, argumente, s’auto-valide et évite toutes fenêtres susceptibles d’interroger ses marges et ses interlignes. Or, nul ne se libère du standard des feuillets quotidiens sans élargir les lucarnes de son entendement.
L’égalité fait peur, car elle se perd dans l’absolu, mais elle se dévoile au temps du relatif, de la reconnaissance et de l’accompagnement de chacun au plus près des besoins.

Il ne viendrait à l’idée de personne de traiter de façon égalitaire un enfant de trois mois, un vieillard, un lettré, quelqu’un qui ne sait pas résoudre une équation algébrique, en leur appliquant scrupuleusement les mêmes règles et en exigeant de chacun les mêmes performances. Tout est une question de degré ; l’égalité se définit en fonction d’un niveau de conscience, elle invite cependant chacun, au bien vivre ensemble et au respect ; elle exige d’être qualitativement réévaluée au gré de l’évolution et non d’être décrétée une fois pour toutes, au risque de perpétuer la plupart des inégalités.

L’égalité s’engage à faire naître de plus justes rapports, mais elle ne justifie aucune standardisation sous peine de perdre son essence par désir d’exister.
L’égalité fait peur, mais repérer les peurs permet de les dissoudre. C’est en nous reconnaissant, en reconnaissant nos semblables sous leurs multiples aspects que nous établirons de justes rapports sans justifier une pseudo-égalité qui refuse de voir évoluer sa définition et sa justification. Mais lorsque tous, nous serons sans ego victime, revendicateur, compétiteur, autoritaire ou dictateur, nous pourrons enfin ensemble révéler l’égalité de l’Être.

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