Un tramway nommé pensée

 In La rubrique de Frédérique

Le tram de la pensée sillonne la conscience. Il s’arrête dans les gares de Contradiction, les gares de Repos, les gares de Conflit, les gares de Triage et celles que l’on nomme Terminus.
Arrivés à Terminus, les voyageurs descendent et prennent une correspondance s’ils veulent poursuivre leur périple ; il s’agit alors de se concentrer pour ne pas se tromper de destination, d’horaire, de wagon, de valise, et ne pas finir sur une voie de garage au beau milieu de nulle part, sans âme qui vive alentour.
Damned, que l’existence est compliquée ! Et que diable faisons-nous dans cette galère !

Sur les chants de Contradiction, suffit pas de connaître la chanson ; faut aussi avoir l’air d’y croire pour choisir d’en sortir ou de s’y noyer. C’est là que la nage en eaux troubles ou en couloirs impose à ceux qui, assoupis avant l’heure, n’ont pas quitté la station « Repos », le dilemme du « Que faire » ou le match périlleux que livrent Raisonnable et Fantasque depuis que le rail existe.

Rien de tel pour aiguiser le conflit intérieur qui, sortant de la torpeur de l’arrêt précédent, invite dans ce parcours de conscience, mille et un affects contradictoires qui viennent ponctuer le désagrément qui s’installe dans ce tramway nommé pensée.
Entre la crainte du retard et la satisfaction d’échapper à un moment peu engageant,
Entre l’inquiétude de décevoir et le plaisir de se replonger dans un bouquin qui nous passionne,
Entre la faim qui tiraille et la joie de ne pas être tenté de manger,
Entre l’envie de rire et celle de pleurer,
Entre le ridicule de l’instant et l’importance qu’on lui donne, nous voilà en peine ou en joie, convoqués à choisir la meilleure ou la pire façon de traiter l’opportunité qui se présente.

Va falloir faire le tri et se frayer un chemin dans cet embrouillamini pour trouver des panneaux indicateurs et suivre à nouveau, une direction.
Mais laquelle prendre ? Celle de notre boussole intérieure, celle qu’impose nos supérieurs, celle de notre aspiration profonde, celle d’une certitude qui suinte la peur et l’évitement ? Les directions ne manquent pas et leurs sens parfois divergent au point qu’un séjour en gare de triage s’avère indispensable. Et là, ressurgit le conflit entre même et différent, entre acceptation et refus, entre encore et jamais, entre hier et demain.

C’est ainsi ! Se tromper de gare permet de rebattre les cartes d’un jeu qui devenait si prévisible qu’il en était ennuyeux ou donne l’occasion de se plaindre sempiternellement des incidents de la vie.
Le tram de la pensée serpente et donne à la conscience l’occasion de croître ou de stagner à chaque étape du quotidien ; il fournit généreusement et gracieusement l’occasion de voyager à chaque instant incognito, à plusieurs ou en solo, sur les seules voies que nous choisissons.
En ces temps d’apparentes limitations, il est temps d’en profiter !
Bel été

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