Tu sais, mais tu ne sais pas
Croire savoir est une manifestation de l’ignorance, mais réaliser que ce que l’on sait relie à l’immensité de ce que nous ignorons, c’est une clé ouvrant le chemin qui mène de l’humilité à la sagesse. Il ne suffit pas de constater que nous savons peu, que notre savoir est infime, que nous n’en sommes qu’à l’apprentissage de l’alphabet, alors même que le livre de l’univers nous invite à déchiffrer ses mystères les plus fondamentaux.
Nous croyons savoir, car nous nous attachons au visible sans voir qu’il n’est que la partie émergée d’une réalité qui échappe encore à toute compréhension. Mais reconnaître que l’on ne sait pas, pousse à la recherche et non à la démission.
Savoir que l’on ne sait pas, c’est se départir de l’orgueil du sachant pour adopter l’attitude du pèlerin cheminant sur la voie de la connaissance, sans se laisser éblouir par les bribes qu’il saisit de l’origine, du sens de la vie et de son rapport à l’existence.
Ne pas se laisser éblouir et continuer à s’émerveiller de chaque découverte. L’émerveillement permet de traverser le quotidien, quelles que soient les difficultés qui l’habitent, en percevant ce qui se passe, pourquoi cela se passe, et en s’efforçant de faire en sorte que le « comment » soit plus libérateur qu’aliénant.
Savoir que l’on ne sait pas ouvre à de multiples indices qui élèvent la conscience. En effet, la découverte de savoirs n’est opérante que si elle transforme et enseigne que tout nouvel acquis n’est qu’une borne vers l’inexploré. Ce n’est qu’en dépassant la fierté de ce que l’on sait qu’on peut s’ouvrir à l’essentiel et comprendre que les bribes de réel que nous saisissons ne sont que de petits cailloux de vérité, guidant vers la découverte du Vrai.
Si nous nous attachons aux cailloux, nous risquons de faire du surplace et de ne pas voir que la piste de la sagesse se poursuit vers des contrées encore inconnues. Il est difficile d’admettre que le connu peut-être une façon de ne pas avancer. Il est tout aussi difficile d’accepter que les efforts faits pour savoir doivent finalement nous conduire à la sagesse de la compréhension, à la sagesse de l’ouverture qui sait à chaque étape qu’un pas, si vertueux soit-il, n’est toujours qu’un pas, et que marcher ne consiste pas à prendre racine sur celui que l’on vient d’accomplir.
Savoir que l’on ne sait pas est la meilleure façon d’avancer sur le chemin de la connaissance de soi, de la connaissance du monde, et de cette connaissance qui engendre l’humilité face à l’immensité de l’univers dans lequel nous vivons et agissons. Ce n’est qu’à cette condition que nous pouvons aimer, car ce n’est qu’à cette condition que nous pouvons reconnaître les limites de tous les autres savoirs et comprendre la nécessité de partager nos approches pour découvrir ensemble ce qu’aimer et comprendre signifient véritablement.