Vraiment

 In La rubrique de Frédérique

Quand vrai ment, qui croire, qui soutenir et comment parvenir à distinguer vérité et mensonge ?
Comment continuer à utiliser ce vocable qui assure impunément que le vrai est de rigueur quand il ment effroyablement en dissimulant le mensonge en son corps, pour mieux s’en défendre et s’exprimer incognito ?
Franchement, il y a de l’abus !
Et voilà que Franche s’y met aussi ; sous couvert de franchise, Franche ment effrontément ; elle présente des vessies pour des lanternes quand nous cherchons à y voir clair. Dans le noir des croyances ou des naïvetés, des loupiottes s’allument sous ses éclairs de sincérité et nous croyons dur comme fer aux ombres projetées par Franche, sans aller plus avant.

Nous voilà diablement embarrassés quand nous regardons avec acuité les mots que nous employons pour souligner la force de nos propos. Diable ment effroyablement, vrai ment, Franche ment, Acquiesce ment, éprouvé ment et subtil ment malgré tous nos efforts pour retrouver l’essence même de la langue qui vient dire parfois joliment ce que nous souhaitons exprimer.
Aïe, joli ment aussi ; il convoque parfaite pour lui faire dire combien il agrémente le quotidien, mais parfaite pour le soutenir ment aussi absolument.

Tous ces mots viennent renforcer un état, une qualité, en s’adjugeant le rang d’adverbe, qui appuie d’un mensonge ce qu’il veut dire à celui qui l’écoute, pour mieux se faire entendre. Mais écoute-t-on vraiment ce mensonge éhonté qui sous couvert de mots pour le dire, ne fait que travestir le fond d’une pensée qui n’a rien de juste, car juste ment aussi abominablement.
Tous ces méandres invitent à écouter au-delà du dit, au-delà des couleurs du vrai, du juste, du joli ou de l’abominable pour comprendre comment fonctionne le mensonge des apparences qui nous leurre tout en exprimant une vérité masquée et figurée derrière un récit de rêve.
Ainsi mentir est un songe, une pseudo-réalité à laquelle on croit, à laquelle on souscrit parfois avec délices, horreur ou indifférence selon la force de nos adhésions.
Y croit-on vraiment ? Absolument ? Ou ajoute-t-on aux bribes du quotidien, un air de relatif qui donne à nos affirmations, un air de trompe-l’œil quand elles ne sont pas trompe-couillons. Ment songe souvent à le faire, mais reste parfois velléitaire.

C’est là que Vraisemblable entre dans la partie sans y être invité ; il affirme que nos points de vue mentent, car ils sont limités ; ce serait d’après lui la raison qui pousse à les défendre éperdument en les traitant de vérités, d’évidences ou de certitudes. Peut-être… Mais Vraisemblable ment aussi et se ment à lui-même, quand il prend l’apparence pour ce qui est, quand il se croit seul défenseur du vrai envers et contre tous…

Mais alors, comment sortir de ce foutoir où l’on confond le vrai, le faux, à gogo sans savoir à quel absolu se vouer ?
En adhérant à l’art perçant qui saisit le monde au-delà de l’apparence, en relativisant nos savoirs et nos acquis et en cultivant la patience de démêler inlassablement les ficelles du paraître qui parfois nous ensorcellent.

Vraiment ? Vraiment !

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