Y’a qu’ça d’vrai

 In La rubrique de Frédérique

Citer ses sources

 

Vrai riva sur la page une évidence ; mais vrai varie et avec lui s’en vont les certitudes. Vrai, ravi d’avoir enfin droit de cité, peine cependant à varier quand il se rive à une vérité qui, dès qu’elle s’énonce, appartient déjà à un proche passé.
Jeux de lettres, jeux de mots qui, tous traduisent une réalité qui se transforme à mesure qu’elle évolue. Jeux de lettres, jeux de mots qui donnent corps à nos découvertes et permettent de pénétrer plus avant les mystères de la création. Jeux de mots, jeux de lettres qui viennent instiller la force des questions qui poussent systématiquement à aller plus avant.
Vrai varie et entraîne avec lui nos jeux de priorité.

Quand vrai s’éclipse de la partie, son absence nous fait tourner en rond. Quand il occupe le terrain, tous les vrais successifs finissent par interroger le vrai du moment ; car si lui aussi varie, faut-il s’y fier et l’arborer « fier comme un bar-tabac » ?
Terrible constat que de savoir que le vrai est étape transitoire sur le chemin qui mène à demain. Mais sans étape, nul ne foule le sentier. À chaque pas, quelque chose se dit de notre façon de marcher, des accidents du terrain, de la nature des paysages, des variances du temps. Chaque pas est l’occasion d’accueillir l’invisible d’une idée et ses possibles ramifications ; chaque pas invite à découvrir à l’intérieur comme à l’extérieur, sur un plan ou un autre, une vérité nouvelle pour faire croître inlassablement notre vrai.
Mais quand cette vérité nous effraie, quand elle suscite l’effroi, quand elle montre sans fard nos erreurs et nos travers, nous réempruntons les chemins balisés et préférons l’habituel pour ne pas risquer la surprise.

Ça c’est vrai, et ça nous arrive plus souvent qu’on ne le détecte. Mais vrai, s’il varie, ne lâche pas l’affaire ; il se représente sous de multiples masques que l’on s’emploie parfois à ne pas voir, jusqu’à ce que l’évitement, un jour, ne soit plus possible.
On a beau se dire que c’est pas vrai, chercher à s’en convaincre, ressortir un vrai désuet et s’y accrocher ; on sait que c’est pas vrai et qu’il va falloir lâcher. C’est là que surgit la résistance.

La résistance au vrai, il n’y a que ça de vrai pour ne pas changer. Quand on s’y cramponne, le vrai d’hier aveugle, éblouit pour ne pas avoir à varier. C’est vrai, mais c’est une étape, car de vrai en vrai nous avançons inéluctablement.
Quand vrai ne varie pas, nous faisons du surplace, gorgés de nos vérités, persuadés que ce sont elles qui forgent notre importance. Eh bien ça, c’est pas vrai !

L’importance vient de notre capacité à actualiser le vrai toujours en marche, pas à camper sur nos vérités poussiéreuses.
Ouais, c’est vrai que c’est plus facile à dire qu’à vivre.
Pas vrai ?
Oui, oui, c’est vrai … jusqu’à demain.

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